Dans l'Algérie coloniale des années 1930, le jeune Younes, neuf ans, est confié par ses parents pauvres à son oncle pharmacien, un riche notable d'Oran. Rebaptisé Jonas par sa nouvelle famille, il grandit au sein de la communauté européenne de Rio Salado, où il se lie d'amitié avec une bande de jeunes gens parmi lesquels Émilie, dont tous les garçons sont amoureux. Entre Jonas et Émilie naît une grande histoire d'amour, mise à mal par les tensions sociales et politiques grandissantes qui agitent le pays. Des années 1930 jusqu'à l'indépendance algérienne, Jonas devra traverser les tragédies de son pays natal, tiraillé entre ses deux identités et un amour impossible.
Ce que le jour doit à la nuit est l'adaptation du roman éponyme de l'écrivain algérien Yasmina Khadra, dont le réalisateur Alexandre Arcady a eu connaissance par la lecture d'une critique, avant de parvenir non sans mal à se procurer l'ouvrage durant l'été. Alexandre Arcady, cinéaste connu pour avoir souvent traité de la mémoire des pieds-noirs et de l'Algérie coloniale, voit dans ce roman de plus de 450 pages un projet à la mesure de son propre attachement personnel à cette histoire. Conscient de la difficulté d'adapter fidèlement une œuvre aussi dense tout en respectant les intentions de Yasmina Khadra, le réalisateur travaille en étroite collaboration avec ses scénaristes Blandine Stintzy et Daniel Saint-Hamont pour trouver un juste équilibre narratif. Le tournage débute fin mai dans une reconstitution soignée de l'Algérie des années 1930 à 1960, période charnière de l'histoire du pays qu'Arcady tenait à restituer avec précision.
À sa sortie, Ce que le jour doit à la nuit reçoit un accueil critique partagé, certains saluant l'ambition de la fresque historique et romanesque d'Alexandre Arcady, tandis que d'autres jugent le film trop long et la reconstitution d'époque perfectible sur certains détails. Le public réserve un accueil chaleureux au film, touché par cette grande histoire d'amour contrariée sur fond de tragédie coloniale algérienne, ce qui permet au long métrage de trouver son public malgré sa durée conséquente de plus de deux heures quarante. Le film n'a pas reçu de récompense majeure lors de sa sortie, mais s'inscrit dans la continuité du travail de mémoire mené par Alexandre Arcady tout au long de sa carrière sur l'histoire des pieds-noirs et de l'Algérie française.
Alexandre Arcady connaissait déjà le travail de l'écrivain Yasmina Khadra avant de découvrir Ce que le jour doit à la nuit par le biais d'une critique de presse, puis a dû batailler durant l'été pour se procurer l'ouvrage, les portes de son bureau comme celles de l'éditeur restant closes. C'est le propre fils d'Alexandre Arcady, Alexandre, qui a joué un rôle déterminant pour convaincre son père de se lancer dans ce projet d'adaptation d'une ampleur inhabituelle. Adapter les 450 pages du roman de Yasmina Khadra a représenté un défi d'écriture considérable pour Alexandre Arcady et ses scénaristes, contraints de trouver un équilibre entre fidélité aux intentions de l'auteur et nécessités du format cinématographique.
Ce que le jour doit à la nuit explore la construction d'une identité tiraillée entre deux cultures, celle d'origine algérienne et celle d'adoption européenne, sur fond de tensions coloniales grandissantes en Algérie. Le film aborde également un amour impossible mis à l'épreuve par les divisions sociales et politiques d'un pays au bord de la guerre, ainsi que le poids de la mémoire coloniale sur plusieurs générations de personnages.
Après avoir traversé les tragédies de la guerre d'Algérie, dont l'attaque de Mers el-Kébir et l'indépendance du pays, Jonas doit se résoudre à quitter définitivement la terre qui l'a vu grandir, laissant derrière lui à la fois son amour de jeunesse et une partie de son identité. Le film se termine sur cette séparation déchirante entre deux mondes qui n'ont jamais réussi à coexister pleinement, illustrant le titre du roman sur ce que le jour doit inévitablement à la nuit qui l'a précédé.
Le titre Ce que le jour doit à la nuit, emprunté à un proverbe arabe cité dans le roman de Yasmina Khadra, évoque l'idée que la lumière et le bonheur du jour présent restent toujours redevables des obscurités et des souffrances traversées durant la nuit, en référence directe au destin tourmenté du personnage principal.
Indigènes (2006), Hors-la-loi (2010), L'Amant (1992).