Deux mois après le début d'une pandémie mortelle venue de la zone démilitarisée coréenne, un homme se réveille complètement amnésique, sans le moindre souvenir de son identité. Guidé par une mystérieuse voix féminine provenant d'un dispositif implanté dans son oreille, il apprend qu'il se nomme Carter et qu'il doit accomplir une mission de la plus haute importance. Traqué simultanément par la CIA et par des putschistes nord-coréens, il doit retrouver et escorter une jeune fille porteuse du seul antidote connu contre le virus. Sa quête effrénée, ponctuée de combats extrêmement violents, va progressivement lui permettre de reconstituer les fragments de son passé.
Carter est réalisé par Jung Byung-gil, déjà remarqué pour The Villainess en 2017, film d'action sud-coréen dont certaines séquences avaient directement inspiré le réalisateur John Wick: Chapitre 3. Après l'échec du projet américain Afterburn avec Gerard Butler, qui n'a jamais vu le jour malgré le succès critique de The Villainess, il aura fallu cinq années à Jung Byung-gil pour se relancer et proposer ce nouveau projet à Netflix. Le réalisateur, également scénariste et coproducteur du film, souhaitait repousser encore davantage les limites du cinéma d'action en donnant l'illusion d'un unique plan-séquence continu s'étalant sur la totalité des 130 minutes du film. Cette ambition formelle radicale s'inscrit dans la continuité de son travail sur les chorégraphies de combat extrêmes et la mise en scène cinétique qui ont fait sa réputation dans le cinéma d'action sud-coréen.
Le film a reçu un accueil critique mitigé à négatif, les observateurs saluant unanimement l'ambition technique du plan-séquence continu et la performance physique impressionnante de Joo Won, tout en reprochant au scénario un manque de clarté et des personnages secondaires peu développés. Plusieurs critiques ont noté que l'esthétique du film, bien qu'impressionnante, pouvait provoquer une forme de fatigue visuelle en raison de mouvements de caméra particulièrement instables et virevoltants. Le public s'est montré plus enthousiaste, le film étant rapidement devenu l'une des productions non anglophones les plus visionnées de l'histoire de Netflix, cumulant plus de 27 millions d'heures de visionnage dès sa première semaine d'exploitation. Carter n'a pas été distingué par des récompenses cinématographiques majeures, mais a marqué les esprits par son succès d'audience retentissant.
L'acteur principal Joo Won a pris près de sept kilogrammes de masse musculaire pour incarner physiquement son personnage, un défi de préparation physique intense mené en amont du tournage. Le film a été conçu pour donner l'illusion d'un unique plan-séquence continu, un exploit technique nécessitant une chorégraphie méticuleuse de chaque scène d'action, combat, course-poursuite et accident d'avion inclus. Le tournage s'est déroulé à Osong, dans la province du Chungcheong du Nord, à l'été 2021, dans des conditions sanitaires particulièrement contraignantes en raison de la pandémie de Covid-19 alors en cours. Jung Byung-gil a mobilisé une équipe de cascadeurs internationaux, dont l'expert en arts martiaux Simon Rhee, pour orchestrer les nombreuses séquences de combat rapproché du film.
Carter explore la perte d'identité et la reconstruction de soi à travers un personnage privé de tous ses souvenirs, contraint d'agir sans savoir pour quelle cause il se bat réellement. Le film aborde également les tensions géopolitiques entre les deux Corées et les États-Unis, sur fond de pandémie mondiale dévastatrice, ainsi que la manipulation d'un individu par des forces politiques qui le dépassent totalement.
À la fin du film, Carter recouvre l'intégralité de sa mémoire et découvre qu'il avait volontairement accepté d'effacer ses propres souvenirs pour garantir la réussite de sa mission et la liberté de sa famille, retenue en Corée du Nord. Cette révélation éclaire rétrospectivement l'ensemble de son parcours, transformant ce qui semblait être une simple course-poursuite effrénée en un sacrifice personnel motivé par l'amour paternel. Le film se termine sur l'espoir d'un antidote enfin disponible pour combattre la pandémie, tout en laissant planer une ambiguïté sur l'avenir politique de la péninsule coréenne.
Le titre Carter reprend simplement le nom de code donné au personnage principal amnésique par la mystérieuse voix qui le guide tout au long du film, un nom qu'il découvre progressivement être le sien sans en connaître initialement la signification. Ce choix de titre minimaliste reflète la structure narrative du film, construite entièrement autour de la quête d'identité de son protagoniste.
Les amateurs de Carter pourront se tourner vers The Villainess, précédent film de Jung Byung-gil porté par une esthétique d'action tout aussi frénétique, ou vers la saga John Wick, dont l'influence sur le cinéma d'action international est revendiquée par de nombreux réalisateurs asiatiques contemporains.