Un avocat respecté et ambitieux, sur le point de se marier, décide de mettre le doigt dans l'engrenage du trafic de drogue à la frontière mexicaine pour renflouer ses finances. Convaincu de pouvoir contrôler la situation et de se retirer après une seule opération lucrative, il s'associe avec des criminels de haut vol sans pitié. Malheureusement pour lui, un imprévu fait capoter la transaction, déclenchant une réaction en chaîne ultra-violente de la part des cartels. L'avocat plonge alors dans un cauchemar absolu où chaque choix se paie au prix fort.
Le projet de ce thriller sombre et nihiliste est né de la rencontre exceptionnelle entre le célèbre réalisateur Ridley Scott et le prestigieux écrivain Cormac McCarthy, qui signait là son tout premier scénario original pour le cinéma. Fascine par l'écriture tranchante et sans concession de l'auteur de "No Country for Old Men", le cinéaste a immédiatement voulu porter ce texte à l'écran. L'idée de base est née d'une réflexion amère sur la cupidité humaine et l'illusion de contrôle face à des forces criminelles absolues. McCarthy a puisé son inspiration dans la réalité violente de la frontière de Juarez et les mécanismes implacables des cartels mexicains. Le développement a été mené de manière rapide, le script ayant séduit les plus grandes stars d'Hollywood en un temps record grâce à la qualité de ses dialogues philosophiques et de ses scènes de tension pure.
La critique professionnelle s'est montrée extrêmement divisée et déroutée lors de la sortie du film en salles. Certains journalistes ont applaudi le nihilisme radical de l'œuvre, l'audace des dialogues littéraires de McCarthy et la mise en scène stylisée et géométrique de Ridley Scott. La performance de Cameron Diaz en femme fatale psychopathe a souvent été mise en avant comme l'une des grandes surprises du long-métrage. À l'inverse, plusieurs critiques ont reproché au film sa violence complaisante, sa froideur clinique et ses tunnels de dialogues jugés trop verbeux pour un thriller d'action.
Le grand public a globalement boudé le film lors de sa sortie, déstabilisé par la noirceur absolue du récit et l'absence de héros positif auquel s'identifier. Les spectateurs s'attendaient à un film d'action traditionnel et ont été confrontés à une tragédie grecque moderne et sans espoir, ce qui a entraîné un bouche-à-oreille mitigé. Le long-métrage a néanmoins réalisé un score correct à l'international grâce à son casting de superstars. Il a acquis depuis une solide réputation de film maudit sous-estimé auprès de nombreux cinéphiles.
Le long-métrage n'a pas remporté de récompenses majeures dans les grands festivals internationaux ni lors des cérémonies de prix traditionnelles américaines. Il a été nommé pour quelques prix techniques liés à sa direction de la photographie et à sa bande-son nerveuse. L'absence de reconnaissance institutionnelle immédiate s'explique par le caractère profondément dérangeant et atypique de l'œuvre au sein de la production hollywoodienne classique. Le film a été réévalué positivement des années plus tard lors de la sortie de sa version longue.
Ridley Scott s'est inspiré des codes du film noir classique tout en les transposant sous la lumière crue et aveuglante du désert du Nouveau-Mexique. Il a souhaité que l'esthétique visuelle du film reflète l'enfermement mental des personnages à travers des cadrages très géométriques et des lignes de fuite oppressantes. Son but était d'illustrer visuellement la perte de contrôle inéluctable de l'avocat.
Le tournage a été tragiquement interrompu pendant plusieurs jours à la suite de la mort brutale de Tony Scott, le frère du réalisateur, survenue en plein été 2013. Cette tragédie intime a profondément marqué Ridley Scott et l'ensemble de l'équipe technique, conférant au film une atmosphère de deuil et de gravité encore plus lourde. Le cinéaste a dédié l'œuvre finalisée à la mémoire de son frère disparu.
Une anecdote de tournage mémorable concerne la scène devenue culte où le personnage de Malkina, joué par Cameron Diaz, se livre à un acte sexuel incongru sur le pare-brise d'une voiture de luxe. Cette séquence surréaliste, tout droit sortie de l'imagination de Cormac McCarthy, a nécessité une préparation technique minutieuse et une grande audace de la part de l'actrice. Elle reste l'un des moments les plus marquants et commentés du film.
Le casting a fait l'objet de nombreuses spéculations, des acteurs comme Brad Pitt et Javier Bardem ayant accepté des rôles secondaires par pur amour du texte de McCarthy. Le rôle principal de l'avocat a été confié à Michael Fassbender, qui retrouvait Ridley Scott juste après "Prometheus". Sa capacité à incarner la déchéance psychologique et la terreur pure a été déterminante dans le choix du réalisateur.
Le long-métrage est une méditation philosophique profonde sur la cupidité, le choix moral et l'irréversibilité des actes humains. Il explore le cynisme absolu du capitalisme moderne à travers le prisme du trafic de drogue, où l'être humain n'est plus qu'une marchandise jetable. La figure de la femme fatale prédatrice, incarnée par Malkina, symbolise une nature sauvage et amorale qui triomphe de la civilisation. Le film montre l'effondrement de la loi et de la raison face à la violence aveugle et mécanique des cartels.
La fin du film est d'une noirceur absolue, montrant l'effondrement total de l'avocat qui reçoit un DVD contenant la preuve de l'exécution atroce de sa fiancée. Brisé, en larmes dans une chambre d'hôtel miteuse, il comprend qu'il a tout perdu et qu'aucune rédemption n'est possible. En parallèle, Malkina triomphe et dîne dans un restaurant de luxe, incarnant le mal absolu qui sort vainqueur de cette tragédie. Cette conclusion refuse tout happy-end et scelle le triomphe des forces de destruction nées de la cupidité humaine.
Le titre original "The Counselor" fait directement référence à la profession de l'avocat principal, qui passe son temps à conseiller les autres mais s'avère incapable d'écouter les avertissements qui lui sont donnés. Le titre en français, "Cartel", déplace l'accent sur l'entité criminelle tentaculaire et invisible qui broie l'individu. Ce glissement sémantique met en valeur la confrontation asymétrique entre un homme de loi naïf et un système de terreur absolue.
Le film fait régulièrement l'objet de réévaluations critiques majeures de la part des cinéphiles qui louent aujourd'hui son audace formelle et textuelle unique. La version "Director's Cut" disponible en vidéo est souvent citée comme l'une des œuvres les plus radicales et personnelles de la fin de carrière de Ridley Scott. Il reste analysé comme un pont fascinant entre la littérature de McCarthy et le cinéma hollywoodien.
Ce thriller peut être rapproché de "No Country for Old Men" des frères Coen pour son nihilisme et son origine littéraire commune, ou de "Sicario" de Denis Villeneuve pour son immersion violente à la frontière mexicaine. On peut également penser à "Traffic" de Steven Soderbergh pour son approche systémique du trafic de drogue.