Alors que la première mission habitée vers Mars est sur le point de décoller, les responsables de la NASA découvrent une défaillance fatale dans le système de survie. Plutôt que d'annuler la mission et perdre leur financement, ils convainquent — sous la menace — les trois astronautes de simuler l'atterrissage sur Mars dans un studio secret, pendant que la capsule réelle effectue sa trajectoire sans équipage. Mais quand la capsule est détruite lors de son retour, les astronautes survivants deviennent des témoins gênants à éliminer. Peter Hyams livre ici un thriller paranoïaque haletant qui a nourri pendant des décennies les théories du complot sur la NASA et alimenté la légende du faux alunissage.
Capricorn One est né des doutes persistants dans l'opinion publique américaine sur l'authenticité des missions Apollo, doutes exacerbés par le contexte de méfiance envers les institutions gouvernementales dans l'Amérique post-Watergate des années 1970. Peter Hyams, scénariste et réalisateur, a voulu exploiter ces angoisses collectives pour créer un thriller politique qui prenait au sérieux — et dramatisait — la possibilité que le gouvernement américain puisse fabriquer une réalité médiatique entière pour des raisons politiques et financières. Le film ne prétend pas que le vrai alunissage était faux, mais il utilise la paranoïa générale de l'époque pour créer un récit particulièrement efficace sur la manipulation institutionnelle et médiatique. L'époque post-Vietnam, post-Watergate était profondément méfiante envers toute forme d'autorité, et ce film exploitait magistralement cette disposition collective.
Résumé des critiques professionnelles : Capricorn One a reçu un accueil critique favorable à sa sortie, les journalistes saluant l'efficacité du thriller et la pertinence politique de son propos dans une Amérique encore hantée par Watergate. La mise en scène nerveuse de Hyams et la qualité du casting ont été particulièrement appréciées. Quelques voix ont cependant alerté sur les conséquences potentiellement négatives d'un film qui alimenterait les théories du complot sur la NASA.
Réception du public : Le film a connu un très bon succès commercial aux États-Unis, confirmant l'appétit du public américain de l'époque pour les thrillers politiques paranoïaques dans la ligne de L'Arnaque, Les Trois Jours du Condor ou Les Hommes du Président. Il est rapidement devenu un classique du genre.
Récompenses obtenues : Capricorn One n'a pas reçu de nominations majeures dans les cérémonies officielles, mais est régulièrement cité dans les classements des meilleurs thrillers politiques des années 1970.
Inspirations du réalisateur : Peter Hyams s'est explicitement inspiré du Watergate et de la culture de la paranoïa institutionnelle qui avait suivi pour créer un film qui demandait : si le gouvernement a pu mentir sur la politique étrangère et sur ses propres crimes, sur quoi d'autre mentait-il ? La NASA, institution admirée mais secrète, était le terrain idéal pour ce questionnement.
Difficultés de production : La NASA a refusé toute coopération au film, Hyams ayant dû reconstituer des décors de lancement et de contrôle au sol sans aucune aide de l'agence spatiale qui voyait d'un très mauvais œil un film suggérant qu'elle aurait pu falsifier une mission spatiale.
Anecdote sur une scène particulière : La participation d'O.J. Simpson au casting — à l'époque encore footballeur américain reconverti acteur populaire — a paradoxalement donné au film une notoriété supplémentaire après son procès pour meurtre en 1995, de nombreux spectateurs redécouvrant Capricorn One dans ce contexte troublé.
Capricorn One est un film sur la fabrique du réel par les institutions — la possibilité que ce que nous croyons vrai soit une construction délibérée de ceux qui contrôlent les médias et les institutions. Dans l'Amérique post-Watergate, ce thème avait une résonnance particulièrement douloureuse : le gouvernement avait prouvé qu'il était capable de mentir à grande échelle, ce qui rendait toutes les grandes affirmations institutionnelles suspectes. Le film explore également la solidarité des victimes contre le pouvoir et la difficulté pour un individu ordinaire de prouver une vérité que les puissants ont décidé de nier. La complicité par le silence — les astronautes qui acceptent de participer au mensonge pour protéger leur famille — est une réflexion sur comment des gens ordinaires et moraux deviennent complices de l'inacceptable.
L'astronaute Brubaker parvient à s'échapper de la certitude de sa mort et à rejoindre un journaliste qui enquête sur l'affaire, tous deux se présentant aux funérailles officielles de Brubaker — censé être mort dans la capsule — en plein direct télévisé devant les officiels qui cherchaient à éliminer tous les témoins. Cette fin est délicieusement paranoïaque : la seule façon de survivre à la vérité est de la rendre publique instantanément, devant des millions de téléspectateurs, réduisant les conspirateurs à l'impuissance.
Capricorn One est le nom de code fictif de la mission Mars dans le film — un nom évoquant la constellation du Capricorne, signe du zodiaque associé à l'ambition et à la prudence, qualités en apparence vertueuses qui cachent dans ce récit une duplicité meurtrière. Ce titre à consonance de mission spatiale officielle renforce l'illusion d'authenticité que le film cherche à créer.
Capricorn One est malheureusement devenu l'un des textes fondateurs des théoriciens du complot sur le faux alunissage américain, qui ont utilisé ses arguments fictifs comme "preuves" réelles pendant des décennies. Le film reste un excellent thriller des années 1970, mais Hyams a exprimé à plusieurs reprises son malaise face à cette utilisation de son œuvre. Il est régulièrement diffusé et continue de trouver de nouveaux publics.
Les Hommes du Président d'Alan J. Pakula (1976) est la référence du thriller politique anti-institutionnel de la même époque. Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack (1975) partage la même mécanique de l'individu seul contre la machine gouvernementale. Ennemi d'État de Tony Scott (1998) perpétue la même paranoïa institutionnelle dans un contexte contemporain. No de Pablo Larraín (2012) explore la même thématique de la fabrication du réel par les médias et les institutions dans un contexte chilien. Enfin, The Truman Show de Peter Weir (1998) pousse à son extrême logique cette idée d'une réalité entièrement construite pour un public.