Dimanche, 12 juillet 2026
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Buñuel Après L'âge D'or

Buñuel Après L'âge D'or

2019 Espagne, Pays-Bas, Allemagne
Synopsis

En 1930, la projection à Paris du film surréaliste L'Âge d'or provoque un scandale retentissant qui laisse son réalisateur, Luis Buñuel, totalement ruiné et discrédité aux yeux des bien-pensants et de l'Église catholique. Son ami, le sculpteur anarchiste Ramón Acín, tente de lui remonter le moral en lui promettant de produire son prochain film s'il gagne à la loterie. Contre toute attente, Acín remporte le gros lot et permet ainsi à Buñuel de partir tourner un documentaire dans la région misérable des Hurdes, en Estrémadure. Ce tournage, aussi éprouvant que déterminant, va permettre au cinéaste de retrouver foi en son incroyable talent.

Genèse du film

Buñuel après l'âge d'or est l'adaptation du roman graphique Buñuel en el laberinto de las tortugas, écrit par Fermín Solís et publié en 2009 en Espagne. C'est le producteur Manuel Cristóbal qui a acquis les droits de cette bande dessinée avant de proposer au réalisateur Salvador Simó de porter le projet à l'écran, pour ce qui constitue son tout premier long métrage. Afin de cerner au mieux la personnalité complexe de Luis Buñuel, Salvador Simó a pu s'entretenir à Paris avec Juan Luis Buñuel, le propre fils du cinéaste, dans le but de dresser le portrait d'un artiste plutôt que celui, plus lisse, du grand réalisateur reconnu de tous. Le film retrace un épisode méconnu mais bien réel de la carrière de Buñuel, entre 1930 et 1933, période durant laquelle il tourne son unique documentaire, Terre sans pain, dans la région rurale des Hurdes. Le choix de raconter en animation ce qui s'apparente à un making-of reconstitué constitue une démarche originale, presque surréaliste par analogie avec le mouvement artistique auquel Buñuel est associé à ses débuts.

Critiques et réception

Le film a reçu un accueil critique très favorable, La Croix saluant une belle réflexion sur la difficulté du cinéma à affronter le réel, tandis que Première estimait que l'ensemble, très réussi, saurait ravir aussi bien les cinéphiles avertis que ceux connaissant mal l'œuvre de Buñuel. Le public a lui aussi apprécié cette proposition originale, rare tentative de faire dialoguer film d'animation et biographie de cinéaste, même si certains spectateurs ont regretté un manque de tension dramatique sur la durée. Le film a été présenté au Festival international du film d'animation d'Annecy en 2019, une reconnaissance importante pour ce projet ambitieux mêlant animation et histoire du cinéma.

Anecdotes de tournage

Salvador Simó a construit son film comme un habile va-et-vient entre séquences d'animation reconstituant le tournage de Terre sans pain et courts extraits authentiques du documentaire original de 1933, une manière de questionner en permanence la frontière entre réalité et mise en scène. Le film revient notamment sur la rivalité tenace entre Buñuel et Salvador Dalí, les deux hommes s'étant brouillés après leur collaboration sur Un chien andalou, au point que Dalí refusera toute implication dans les projets suivants de Buñuel. Le réalisateur pointe également l'égotisme du cinéaste espagnol et sa propension à manipuler ses collaborateurs comme les villageois démunis qu'il filme, allant jusqu'à provoquer la mort de plusieurs animaux pour renforcer la dimension tragique de certaines scènes de son documentaire. Le film rend enfin un hommage appuyé à Ramón Acín, le sculpteur anarchiste ami de Buñuel, qui sera fusillé par le régime franquiste en 1936, un an à peine avant la sortie parisienne de Terre sans pain.

Thèmes abordés

Buñuel après l'âge d'or interroge la difficulté du cinéma documentaire à représenter fidèlement le réel, entre mise en scène assumée et manipulation du spectateur. Le film aborde également l'amitié artistique, la rivalité créative, ainsi que la misère sociale de l'Espagne rurale des années 1930, dans un contexte politique qui verra bientôt éclater la guerre civile espagnole.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

À la fin du film, Luis Buñuel achève le tournage de Terre sans pain et retrouve, grâce à ce documentaire aussi radical que dérangeant, la confiance en son propre talent artistique qu'il avait perdue après le scandale de L'Âge d'or. Le récit se referme sur un rappel poignant du destin tragique de Ramón Acín, exécuté par le régime franquiste quelques années plus tard, rappelant que cette aventure cinématographique s'inscrit dans un contexte politique espagnol de plus en plus sombre. Cette conclusion mêle ainsi la renaissance artistique du cinéaste à une note profondément mélancolique sur le sort de son ami et mécène.

Signification du titre

Le titre français, Buñuel après l'âge d'or, situe explicitement le récit dans la période qui suit le scandale provoqué par la projection parisienne de L'Âge d'or en 1930, moment de bascule dans la carrière du cinéaste espagnol. Le titre original espagnol, Buñuel en el laberinto de las tortugas, littéralement « Buñuel dans le labyrinthe des tortues », fait quant à lui référence à l'architecture particulière des maisons de la région des Hurdes, construites selon un plan comparé à une carapace de tortue, mais évoque aussi de façon métaphorique le parcours sinueux traversé par le cinéaste pour retrouver sa liberté créative.

Films Similaires

Les amateurs de Buñuel après l'âge d'or pourront se tourner vers Terre sans pain, le documentaire original de Luis Buñuel dont le tournage est reconstitué dans le film, ou vers J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, autre film d'animation français ambitieux et adulte récompensé la même année au Festival d'Annecy.