Arash, animateur dans un centre social de banlieue, se retrouve propulsé candidate aux élections municipales face au maire sortant soutenu par un puissant réseau d'intérêts. Entouré d'une équipe de bénévoles aussi enthousiastes qu'improbables, il va mener une campagne électorale de quartier contre toute logique et contre toute attente raisonnable. Cette comédie politique tendre et percutante s'inspire librement de l'histoire vraie de Kheiron lui-même, et dresse un portrait affectueux mais lucide de la politique locale et du monde associatif de banlieue. Un film qui réussit le difficile équilibre entre le rire et l'émotion sincère.
Brutus vs César s'inscrit dans la continuité de la démarche artistique et personnelle de Kheiron, humoriste et réalisateur franco-iranien qui avait déjà porté à l'écran l'histoire de ses parents dans Nous Trois ou Rien (2015). Pour ce deuxième long métrage, Kheiron s'est cette fois inspiré de sa propre expérience dans le monde associatif de banlieue et de son implication dans des projets d'éducation populaire, notamment au sein de l'association Repairs qu'il co-dirige avec Tarek Bendjama. L'idée d'une candidature politique improbable dans un quartier défavorisé permettait à Kheiron d'explorer avec humour les thèmes qui lui sont chers : la citoyenneté, l'engagement, la solidarité et la capacité des gens ordinaires à changer les choses quand ils décident de s'impliquer. Le film joue délibérément sur l'opposition entre la politique institutionnelle corrompue et l'idéalisme de ceux qui viennent de la base, une tension que Kheiron connaît bien pour l'avoir vécue personnellement. La référence à Jules César dans le titre annonce le ton — à la fois la grandeur de l'enjeu politique et la comédie shakespearienne qui en découle.
Résumé des critiques professionnelles : Les critiques ont accueilli Brutus vs César avec une sympathie unanime pour ses intentions et son humanisme, saluant la cohérence de la démarche de Kheiron et sa capacité à marier le rire et l'émotion sans jamais tomber dans le sentimentalisme facile. Certains journalistes ont noté que le film manquait parfois de la profondeur dramatique qu'un sujet aussi riche aurait pu inspirer, mais ont reconnu la générosité et la sincérité du projet. La performance du casting, notamment Ramzy Bedia et Alice Pol, a été bien reçue.
Réception du public : La sortie du film a été perturbée par la pandémie de Covid-19, qui a imposé une fermeture des salles et un report avant que le film ne puisse trouver son public en conditions normales. Malgré ces circonstances difficiles, le film a trouvé ses spectateurs et a bénéficié d'un accueil chaleureux de la part du public fidèle à l'univers de Kheiron et des amateurs de comédie populaire française engagée.
Récompenses obtenues : Brutus vs César n'a pas été distingué dans les grandes cérémonies comme les César. Le film a cependant reçu des mentions positives dans des festivals de cinéma populaire et engagé, reconnaissant la qualité de l'engagement citoyen que le film véhicule.
Inspirations du réalisateur : Kheiron s'est inspiré de ses propres expériences dans le monde associatif et de sa rencontre avec de nombreux acteurs de terrain qui consacrent leur vie à améliorer les conditions de vie dans les quartiers défavorisés. Il voulait rendre hommage à ces anonymes dont l'engagement discret et constant change réellement la vie des gens, sans jamais faire les gros titres.
Difficultés de production : Le tournage a été perturbé par les contraintes de la période de pandémie, qui ont imposé des adaptations logistiques importantes. La sortie du film a également été affectée, avec des fermetures de salles qui ont empêché le film de trouver son rythme de croisière commercial dans de bonnes conditions.
Anecdote sur une scène particulière : Plusieurs scènes du film ont été tournées dans de vrais centres sociaux et associations de banlieue, avec des habitants et des bénévoles qui apparaissent à l'écran à côté des acteurs professionnels. Cette démarche de casting semi-documentaire apporte au film une authenticité de milieu que les décors de studio n'auraient pas pu restituer.
Brutus vs César explore la question de l'engagement citoyen et de la capacité des individus ordinaires à prendre part à la vie politique au-delà du simple vote. Le film dresse un portrait de la politique locale dans toute sa mesquinerie et ses compromissions, opposant les notables établis aux nouveaux venus porteurs d'un idéalisme jugé naïf mais finalement fécond. La banlieue comme espace politique et civique est au cœur du film : Kheiron montre des quartiers qui ne sont pas seulement des territoires de problèmes mais des communautés vivantes avec des ressources humaines extraordinaires. Le film célèbre la diversité comme force plutôt que comme difficulté, l'équipe de campagne improbable d'Arash incarnant une France populaire et métissée dans toute sa richesse. La tension entre l'idéalisme et le pragmatisme politique est traitée avec humour mais sans simplification, Kheiron reconnaissant les limites de la bonne volonté face aux structures de pouvoir établies.
La fin du film ne tranche pas de façon définitive entre victoire et défaite — fidèle à la réalité souvent décevante de la politique — mais affirme que la campagne elle-même, indépendamment de son résultat électoral, a transformé positivement la communauté qui s'est mobilisée autour d'Arash. Le vrai triomphe du film est celui du collectif et de l'engagement : les liens tissés, les consciences éveillées et les énergies mobilisées constituent une victoire durable que le score des urnes ne peut pas effacer. Kheiron termine son film sur une note d'espoir lucide, ni naïve ni désabusée, qui reflète sa propre philosophie d'engagement dans la réalité.
Brutus vs César renvoie directement au conflit shakespearien entre Brutus, l'idéaliste qui tue César pour sauver la République, et César, le monarque charismatique qui concentre les pouvoirs. Appliqué à une comédie politique de banlieue, ce titre grandiose et légèrement décalé crée un effet comique immédiat tout en signalant la dimension politique sérieuse du film. Arash/Brutus est celui qui ose défier le pouvoir établi au nom de valeurs républicaines ; le maire sortant/César incarne une certaine conception aristocratique du pouvoir. Ce titre est aussi un clin d'œil à la culture classique revendiquée dans des territoires que la République a souvent abandonnés.
Brutus vs César confirme Kheiron comme l'une des voix les plus originales et les plus engagées du cinéma populaire français contemporain. Son association Repairs continue de développer des programmes éducatifs dans les banlieues françaises, et ses films constituent autant de plaidoyers cinématographiques pour son action de terrain. Kheiron continue de mêler carrière artistique et engagement associatif avec une cohérence remarquable.
Nous Trois ou Rien de Kheiron (2015), le premier film du réalisateur, est le compagnon naturel et la clé pour comprendre la sensibilité et les engagements qui traversent toute son œuvre. Les Conquérants de Xabi Molia (2013) partage la même affection pour les utopies collectives et les projets improbables. Welcome to New York d'Abel Ferrara (2014) offre un contrepoint politique sombre qui contraste avec l'optimisme de Kheiron. Chez nous de Lucas Belvaux (2017) explore la politique locale dans un registre plus dramatique. Enfin, La Ch'tite Famille de Dany Boon (2018) partage la même générosité populaire dans une comédie aux engagements moins politiques.