Pendant la Grande Dépression américaine, Bonnie Parker, une serveuse qui s'ennuie fermement, fait la rencontre de Clyde Barrow, un jeune gangster charismatique tout juste sorti de prison. Fascinée par son audace, elle décide de le suivre pour former un gang de braqueurs de banques intrépides. Leurs hold-ups spectaculaires et leur cavale sanglante à travers le Midwest attirent rapidement l'attention des médias et de la police. Devenus des héros populaires pour une population ruinée par la crise, ils s'enfoncent pourtant inéluctablement dans un engrenage mortel.
L'idée originale est née de l'esprit des scénaristes David Newman et Robert Benton, fascinés par l'histoire vraie du célèbre couple de hors-la-loi des années trente. Influencés par le cinéma de la Nouvelle Vague française, ils voulaient briser les codes du film de gangsters traditionnel en y insufflant un ton moderne, romantique et irrévérencieux. L'acteur et producteur Warren Beatty a acheté le script et a convaincu Arthur Penn de le réaliser. Le cinéaste s'est inspiré des mouvements contestataires des années soixante pour faire résonner la rébellion de ces criminels avec la jeunesse de son époque.
À sa sortie, la critique professionnelle a d'abord été profondément choquée par le mélange inédit de comédie burlesque et de violence crue. Cependant, sous l'impulsion de critiques influents comme Pauline Kael, la presse a rapidement reconsidéré l'œuvre, la saluant comme un manifeste révolutionnaire qui redéfinissait la liberté de ton à Hollywood. Le public jeune s'est identifié de manière spectaculaire à ce couple de marginaux rebelles et stylés, transformant le film en un véritable phénomène de société. Les salles de cinéma se sont remplies au point de faire du long-métrage un immense succès financier mondial. Le film a marqué le début du Nouvel Hollywood en récoltant dix nominations aux Oscars en 1968. Il a remporté deux statuettes majeures, dont celle de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Estelle Parsons et de la Meilleure photographie.
Arthur Penn s'est fortement inspiré du travail de François Truffaut et de Jean-Luc Godard pour la mise en scène, utilisant des ruptures de ton brutales et un montage saccadé. Il souhaitait que la violence ne soit jamais esthétisée mais montrée dans toute sa soudaineté graphique. La production a dû affronter les réticences majeures du patron du studio Warner Bros, Jack Warner, qui détestait le film et refusait initialement de lui offrir une large distribution en salles. Warren Beatty a dû user de toute son influence pour imposer la vision de l'équipe. La terrifiante scène finale du guet-apens a nécessité l'utilisation de dizaines de caméras à vitesses différentes et de centaines de pétards de sang placés sur les acteurs pour simuler la fusillade. Ce ballet sanglant, d'une violence inouïe pour l'époque, a demandé des jours de préparation minutieuse. Pour le rôle de Bonnie Parker, de nombreuses actrices célèbres comme Jane Fonda ou Cher ont été envisagées avant que l'inconnue Faye Dunaway ne soit choisie, décrochant le rôle qui allait lancer sa carrière.
Le long-métrage traite de la célébrité médiatique instantanée et de la fascination du public pour le crime comme exutoire social. Il aborde la quête éperdue de liberté, l'amoralité de la jeunesse face aux institutions et la fatalité d'un destin tragique choisi. La sexualité ambiguë et les frustrations psychologiques y sont également explorées de manière très moderne.
La fin tragique et mythique montre Bonnie et Clyde pris au piège sur une route déserte, foudroyés par une pluie de balles tirées par des policiers cachés dans les buissons. Le montage alterné de leurs derniers regards complices accentue l'horreur de leur mort immédiate. Cette fin brutale et sans concession symbolise la fin abrupte de l'insouciance et la répression impitoyable du système contre ceux qui osent le défier.
Le titre porte simplement les prénoms des deux protagonistes pour souligner l'aspect fusionnel et légendaire de leur couple. Il évite le sensationnalisme des titres de faits divers pour humaniser ces criminels et les élever au rang de mythe romantique moderne. C'est l'évocation d'une marque indissociable où l'amour et la mort marchent main dans la main.
La bande originale est entrée dans l'histoire grâce à l'utilisation du morceau de bluegrass "Foggy Mountain Breakdown" par Flatt and Scruggs pour accompagner les scènes de poursuite en voiture. Ce rythme effréné au banjo a apporté une tonalité festive et ironique qui contrastait superbement avec la gravité de la traque.
Considéré comme l'un des films les plus influents du cinéma mondial, il fait régulièrement l'objet d'analyses universitaires sur la naissance du cinéma moderne américain. Le style vestimentaire rétro du film continue d'inspirer régulièrement les grandes collections de mode internationales.