Été 1969 à Belfast : Buddy, neuf ans, mène une existence heureuse et insouciante au sein d'une famille ouvrière protestante des quartiers nord de la ville. Mais lorsque les tensions entre catholiques et protestants dégénèrent brutalement dans les rues de son quartier, l'innocence de son enfance vole en éclats. Entre les barricades, les contrôles de police et la peur grandissante de ses parents, Buddy découvre un monde d'adultes fait de choix douloureux. Sa famille devra bientôt décider s'il faut rester dans la ville qu'elle aime ou fuir vers l'Angleterre pour se mettre en sécurité.
Belfast est le film le plus personnel de Kenneth Branagh, qui s'est librement inspiré de sa propre enfance dans l'Irlande du Nord des années 1960. Le cinéaste explique avoir mis cinquante ans à trouver la juste façon de raconter cette période tumultueuse de sa vie, marquée par le début des Troubles et le départ forcé de sa famille protestante vers l'Angleterre. C'est le premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, en 2020, qui a déclenché chez lui le besoin urgent de se replonger dans ces souvenirs, lui rappelant la fragilité de l'existence. Branagh a construit Buddy, le jeune héros du film, comme un double fictionnel de lui-même enfant, tandis que les autres personnages s'inspirent de sa propre famille. En repensant à cette histoire durant l'écriture, il a réalisé qu'elle ne racontait pas seulement une famille ordinaire confrontée à une situation difficile, mais aussi une forme de confinement, derrière les barricades dressées dans les rues de 1969.
Belfast a été globalement bien accueilli par la critique internationale, saluée pour son noir et blanc somptueux, l'intensité de son casting et la sincérité de son propos autobiographique, même si certains journaux ont pointé des effets de style un peu appuyés ou une nostalgie trop enjolivée. Le film a notamment été comparé à Roma d'Alfonso Cuarón pour sa démarche autobiographique similaire, mêlant l'histoire intime d'une famille à la grande Histoire de son pays. Le public a réservé un accueil chaleureux au film, remportant le prix du public au festival de Toronto 2021 ainsi que plusieurs autres prix du public dans des festivals américains, preuve de son pouvoir d'émotion auprès des spectateurs. Belfast a obtenu sept nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et de la meilleure réalisation, et a remporté le Golden Globe du meilleur scénario pour Kenneth Branagh.
Kenneth Branagh a choisi de tourner la quasi-totalité du film en noir et blanc, expliquant vouloir que cette esthétique hollywoodienne classique donne à l'environnement le plus ordinaire une dimension épique et presque mythologique. En raison de la pandémie de Covid-19, il n'a pas été possible de tourner dans les décors naturels de Belfast comme prévu initialement ; la ville a donc dû être reconstituée en grande partie sur un vaste terrain vague près d'un aéroport aux environs de Londres. Le casting est presque entièrement composé d'acteurs irlandais ou ayant un lien étroit avec Belfast, à l'image de Jamie Dornan dont le père est originaire de la ville, une exigence de Branagh pour ancrer le film dans une authenticité culturelle forte. Fait notable, c'est la première fois qu'un film de Kenneth Branagh n'est pas composé par Patrick Doyle, son collaborateur musical historique : c'est le chanteur nord-irlandais Van Morrison qui signe la bande originale.
Belfast explore la perte de l'innocence enfantine face à la violence politique et religieuse, à travers le regard d'un petit garçon qui voit son quartier basculer du paradis familier au chaos. Le film aborde aussi le déchirement de l'exil, entre l'amour d'une ville et la nécessité de la quitter pour protéger les siens, ainsi que la force des liens familiaux face à l'adversité.
Le titre Belfast désigne simplement la ville natale de Kenneth Branagh, personnage central et silencieux du film, dont le destin bouleversé par les Troubles se confond avec celui de la famille de Buddy.
Fait rare dans la filmographie de Kenneth Branagh, la musique de Belfast n'a pas été composée par son collaborateur historique Patrick Doyle mais confiée au chanteur nord-irlandais Van Morrison, dont les morceaux, nouveaux et issus de son répertoire, irriguent tout le film d'une ferveur toute irlandaise.
On peut rapprocher Belfast d'autres films autobiographiques mêlant enfance et grande Histoire, comme Roma d'Alfonso Cuarón ou Les Fabelmans de Steven Spielberg, tous construits comme le récit intime d'un cinéaste revenant sur les origines de sa vocation.