Dimanche, 12 juillet 2026
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Barabbas

Barabbas

1961 Italie, États-Unis
Synopsis

Barabbas est le voleur et meurtrier que la foule choisit de libérer à la place de Jésus lors du jugement de Ponce Pilate. Condamné ensuite à travailler dans les mines de soufre après avoir survécu à une éclipse de soleil miraculeuse lors de la crucifixion, Barabbas traverse des décennies d'esclavage et de combat dans les arènes, hanté par la figure du Christ dont il a pris la place. Ce péplum monumental et mélancolique adapte le roman du prix Nobel Pär Lagerkvist dans une méditation unique sur la grâce, le destin et la foi non désirée.

Genèse du film

Barabbas est adapté du roman éponyme de l'écrivain suédois Pär Lagerkvist, prix Nobel de littérature en 1951, publié en 1950. Ce roman philosophique et spirituel explorait de façon originale le personnage biblique de Barabbas — cet homme sauvé malgré lui par le sacrifice du Christ — comme figure de la grâce involontaire et de la foi impossible. Dino De Laurentiis, producteur italien des grandes fresques épiques des années 50-60, a acquis les droits du roman et confié la réalisation à Richard Fleischer, dont la maîtrise du péplum avait été prouvée avec Les Vikings (1958). Le film a bénéficié d'un budget considérable pour l'époque et d'une ambition visuelle exceptionnelle, notamment pour les séquences dans les mines de soufre — tournées dans de vraies mines siciliennes — et les combats de gladiateurs dans le Colisée. La séquence de l'éclipse de soleil lors de la crucifixion est restée dans les annales du cinéma : elle a été filmée lors d'une vraie éclipse totale en 1961, Fleischer ayant choisi le lieu et le moment du tournage pour coïncider avec cet événement astronomique.

Critiques et réception

Résumé des critiques professionnelles : Barabbas a reçu des critiques très positives à sa sortie, la presse internationale saluant l'ambition philosophique du film, la performance centrale d'Anthony Quinn et la beauté visuelle d'une production qui refusait les facilités du péplum conventionnel. Les journalistes ont apprécié la façon dont le film s'éloignait du genre en proposant une méditation sérieuse sur la foi et le destin plutôt qu'un simple spectacle de masse.

Réception du public : Le film a connu un succès mondial, notamment en Europe où le genre du péplum biblique était particulièrement populaire dans les années 60. Il a été l'un des plus grands succès commerciaux du cinéma italien de cette époque.

Récompenses obtenues : Le film a été nommé à plusieurs Oscars pour ses costumes et sa direction artistique, et a remporté plusieurs prix européens pour sa qualité technique et artistique.

Anecdotes de tournage

Inspirations du réalisateur : Richard Fleischer a déclaré avoir été profondément touché par la dimension philosophique et spirituelle du roman de Lagerkvist, qui lui semblait proposer une vision de la foi chrétienne bien plus complexe et honnête que les pieuses fresques hollywoodiennes du genre. Il voulait un film qui pose les vraies questions sans y apporter de réponses faciles.

Difficultés de production : Le tournage dans les mines de soufre siciliennes a exposé l'équipe à des conditions physiques extrêmes — chaleur, gaz toxiques, obscurité — qui ont nécessité des mesures de sécurité importantes et considérablement ralenti le travail. Anthony Quinn a lui-même insisté pour tourner ses scènes dans les conditions réelles plutôt que sur des décors reconstitués, pour conférer à ses performances l'authenticité qu'il cherchait.

Anecdote sur une scène particulière : La séquence de la crucifixion, filmée pendant la vraie éclipse solaire du 15 février 1961 dans les environs de Rome, est unique dans l'histoire du cinéma. Fleischer avait attendu et organisé son tournage autour de cet événement astronomique, et le résultat — une obscurité progressive et totalement naturelle qui enveloppe la scène — a une puissance que les effets spéciaux n'auraient pas pu reproduire.

Thèmes abordés

Barabbas est une méditation sur la grâce involontaire — le fait d'être sauvé sans l'avoir voulu ni mérité, et la façon dont ce don insensé peut hanter une vie entière. Barabbas, qui n'a pas choisi d'être libéré à la place du Christ, passe sa vie à chercher le sens de cette substitution sans jamais y parvenir clairement. Le film explore la foi comme quelque chose qui peut venir ou ne pas venir — Barabbas est incapable de croire en Christ même s'il reconnaît sa réalité — et dit que la grâce ne produit pas automatiquement la foi. La question du destin et du libre arbitre est posée à travers le parcours d'un homme qui semble conduit par une force qu'il ne comprend pas. La mort comme libération possible est l'horizon mélancolique de tout le film.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

La fin de Barabbas est à la fois tragique et lumineuse dans la logique du film : Barabbas, lors de la persécution des chrétiens par Néron, rejoint leur mouvement par erreur et finit crucifié à son tour — répétant, ironiquement, le sort du Christ dont il avait pris la place quarante ans plus tôt. Dans son dernier moment, il murmure au Christ une parole d'appartenance finale : il lui remet lui-même à lui. Cette mort crucifiée est la résolution de tout le film — Barabbas ne comprend pas encore vraiment, mais il fait le seul geste à sa portée. Cette fin mystérieuse et sobre est fidèle à l'esprit du roman de Lagerkvist.

Signification du titre

Barabbas est le nom propre du personnage biblique libéré à la place de Jésus, mentionné dans les quatre Évangiles. Ce nom, qui signifie « fils du père » en araméen — une ironie troublante quand on connaît la suite — est une figure biblique mineure élevée par Lagerkvist puis Fleischer au rang de personnage central d'une réflexion sur la condition humaine. En choisissant ce titre-nom, le film annonce immédiatement qu'il s'agit du portrait d'un homme particulier plutôt que d'une narration sur le Christ, prenant délibérément le point de vue du témoin involontaire plutôt que du sujet de la foi.

Actualités

Barabbas reste l'un des films les plus sérieux et les plus personnels du genre péplum, régulièrement mentionné dans les études sur le cinéma religieux et les adaptations de la Bible au cinéma. Sa séquence tournée pendant la vraie éclipse de 1961 est citée dans tous les ouvrages sur les curiosités et les exploits techniques de l'histoire du cinéma. Le roman de Pär Lagerkvist est toujours lu et étudié comme l'une des grandes méditations littéraires du XXe siècle sur la foi et la grâce.

Films Similaires

Barabbas s'inscrit dans la tradition du péplum biblique dont Ben-Hur (1959) de William Wyler et Spartacus (1960) de Stanley Kubrick sont les monuments de l'époque. La Tunique (1953) de Henry Koster ou Le Plus Grand Spectacle du Monde (1956) de Cecil B. DeMille sont d'autres références du genre dans son âge d'or. La Dernière Tentation du Christ (1988) de Martin Scorsese ou La Passion du Christ (2004) de Mel Gibson explorent dans des registres très différents la même question du rapport entre l'humanité et la dimension divine.