Dimanche, 12 juillet 2026
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Ava

Ava

2017 France
Synopsis

En vacances au bord de l'océan avec sa mère Maud, la jeune Ava, treize ans, apprend lors d'une visite médicale qu'elle va perdre la vue bien plus tôt que prévu, en raison d'une maladie dégénérative de la rétine. Plutôt que de bouleverser leurs habitudes, sa mère choisit de faire comme si rien n'avait changé, dans l'espoir de vivre malgré tout le plus bel été de leur vie. Ava, elle, décide d'affronter la nouvelle à sa manière, en volant un grand chien noir appartenant à Juan, un jeune homme en cavale dont elle se rapproche peu à peu. Entre éveil amoureux, errance et urgence de tout voir avant que le monde ne s'assombrisse, l'adolescente s'engage dans un été qui ne ressemblera à aucun autre.

Genèse du film

Ava constitue le film de fin d'études de Léa Mysius pour le département scénario de la Fémis, qu'elle a dû écrire dans l'urgence car elle était en retard sur la remise de son projet. L'histoire du film est née d'une image précise qui s'est imposée à la réalisatrice avant même que le reste du scénario ne se construise, celle d'un grand chien noir, famélique et étrange, traversant une plage bondée de corps, de cris et de crème solaire. Cette image du chien noir était déjà présente dans un précédent court métrage de la réalisatrice, intitulé Les Oiseaux-tonnerre, avant de devenir le point de départ central de ce premier long métrage. Léa Mysius a conçu son scénario comme un parcours volontairement hybride, débutant dans un registre naturaliste avant de glisser progressivement vers le conte, puis vers le film de genre à proprement parler. Fait notable, la réalisatrice était elle-même sujette à des migraines ophtalmiques durant l'écriture du scénario, ce qui l'obligeait parfois à travailler dans l'obscurité, en résonance involontaire avec le thème de la cécité progressive abordé par le film. Le scénario, élaboré avec la collaboration de Paul Guilhaume, a par la suite été récompensé par un prix destiné aux jeunes scénaristes avant même le tournage du film.

Critiques et réception

La critique française a salué un premier film maîtrisé, mettant en avant la capacité de Léa Mysius à mêler les genres sans jamais perdre le fil de son récit initiatique. Plusieurs observateurs ont souligné la performance remarquable de la jeune actrice débutante incarnant le rôle principal, capable de faire passer des émotions complexes par la seule expression de son visage. Certaines critiques plus réservées, notamment dans la presse spécialisée en cinéma d'auteur, ont toutefois estimé que le film, bien qu'affichant un net penchant pour l'étrangeté, désamorçait lui-même certaines pistes qui auraient pu le conduire plus loin dans l'inattendu. D'autres ont également pointé un discours sur la liberté jugé un peu trop simpliste au regard de l'ambition formelle affichée par certaines séquences.

Le public a réservé un accueil honorable au film lors de sa sortie nationale, avec une moyenne de critiques presse plutôt favorable sur les principaux agrégateurs français. Le film a toutefois connu une exploitation commerciale modeste, se classant en milieu de tableau du box-office français lors de ses deux premières semaines d'exploitation. La révélation de la jeune actrice principale a en revanche marqué durablement la profession, lui ouvrant la voie à une carrière rapide dans le cinéma français.

Ava a été présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2017, où il a remporté le prix SACD, tandis que le chien interprète du rôle principal a reçu le Grand Prix du Jury de la Palm Dog, récompense parodique consacrée aux meilleures prestations animales du festival. Le film a également valu à son actrice principale une présélection au César du meilleur espoir féminin, ainsi qu'une nomination au César de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa partenaire à l'écran.

Anecdotes de tournage

Léa Mysius a expliqué que tout le film était parti d'une vision purement visuelle, celle d'un chien noir traversant une plage bondée, avant même qu'elle ne sache précisément quelle histoire elle souhaitait raconter autour de cette image.

Trouver l'interprète du personnage de Juan s'est révélé bien plus complexe que prévu pour la réalisatrice, qui a dû organiser un long casting itinérant dans une cinquantaine d'aires d'accueil de gens du voyage, à la fois autour de Paris et dans le sud de la France, avant de finalement trouver son acteur à proximité de Bordeaux après avoir rencontré environ trois cents candidats.

Dans une scène onirique du film, l'actrice Laure Calamy apparaît jambes écartées sur un comptoir, une mise en scène suggérée par l'actrice elle-même, qui a proposé à la réalisatrice d'aller plus loin dans l'exposition du corps féminin que ce qui était initialement prévu au scénario.

Le rôle principal a été attribué très rapidement à Noée Abita, repérée alors qu'elle s'était rendue avec une amie dans une agence de comédiens qui venait justement de recevoir l'annonce de casting du film ; dès son entrée dans la salle d'audition, l'équipe a su qu'elle serait Ava.

Thèmes abordés

Ava aborde frontalement le passage à l'âge adulte et l'éveil du corps, à travers le portrait d'une adolescente confrontée à la perspective brutale de la cécité. La relation mère-fille occupe une place centrale, opposant le déni de Maud à la détermination presque frénétique de sa fille à tout vivre intensément avant que sa vue ne disparaisse. L'acceptation de la maladie et de la perte, traitée sans pathos excessif, traverse également tout le récit, l'urgence de voir devenant une véritable pulsion de vie pour l'héroïne. L'éveil amoureux et la découverte de la sexualité adolescente, incarnés par la relation entre Ava et Juan, donnent au film sa dimension la plus sensuelle. Enfin, le film explore la notion de liberté et de transgression, l'errance des deux jeunes personnages les conduisant à une série de larcins qui leur permettent provisoirement d'échapper aux contraintes du monde adulte.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se termine sur la fuite d'Ava et de Juan après que la police a interrompu un mariage où le jeune homme s'était introduit pour récupérer sa voiture, les deux jeunes gens devant alors s'échapper sans le véhicule initialement prévu. Jessica, l'ancienne compagne de Juan, finit par lui rendre sa voiture tout en laissant à Ava son voile de mariée, comme un symbole de passation et de soutien silencieux envers le jeune couple en cavale. Cette fin ouverte, qui ne résout pas explicitement le sort futur d'Ava face à sa cécité grandissante, privilégie l'idée d'un été suspendu, presque hors du temps, plutôt qu'une conclusion narrative classique. Le film semble ainsi suggérer que l'essentiel n'est pas de savoir ce qu'il advient ensuite d'Ava, mais bien d'avoir vécu, avec une intensité totale, cet ultime été où elle pouvait encore voir le monde.

Signification du titre

Le titre Ava correspond simplement au prénom de l'héroïne du film, choisi pour sa sonorité à la fois douce et légèrement étrange, en accord avec le ton singulier que Léa Mysius a voulu donner à son récit. Ce prénom, bref et symétrique, fonctionne presque comme un palindrome visuel, ce qui renforce l'identité simple et marquante du personnage dès l'affiche du film. En choisissant un titre aussi minimaliste, la réalisatrice place d'emblée l'attention du spectateur sur le parcours intime et sensoriel de son héroïne plutôt que sur l'intrigue à proprement parler.

Depuis Ava, Léa Mysius a poursuivi une carrière remarquée, notamment en coécrivant plusieurs scénarios pour d'autres réalisateurs avant de signer un second long métrage qui a confirmé son statut de cinéaste à suivre dans le paysage français. Noée Abita, révélée par ce premier rôle, est quant à elle devenue l'une des actrices les plus demandées de sa génération, multipliant les collaborations avec des réalisateurs reconnus du cinéma d'auteur français. Le film continue d'être régulièrement cité comme l'une des révélations marquantes de la Semaine de la Critique cannoise de la décennie 2010.

Films Similaires

Les spectateurs séduits par ce récit d'initiation sensoriel pourront se tourner vers Les Combattants de Thomas Cailley, autre film français remarqué à Cannes mêlant romance adolescente et tonalités de genre inattendues. Mustang, qui aborde également l'éveil du désir et de la liberté chez de jeunes adolescentes, partage avec Ava une approche sensorielle similaire de la jeunesse féminine. Bande de filles de Céline Sciamma, autre portrait marquant d'adolescence française contemporaine, peut également séduire les amateurs du film de Léa Mysius.