En Géorgie, à la veille de la guerre de Sécession, Scarlett O'Hara est une jeune femme fière et gâtée de la haute société sudiste qui ne jure que par sa terre de Tara. Amoureuse d'Ashley Wilkes, elle refuse de voir qu'il en aime une autre et ignore les avances du cynique et séduisant Rhett Butler. Lorsque le conflit éclate, le monde fastueux de Scarlett s'effondre, la forçant à se battre contre la faim, la pauvreté et la mort. À travers les ruines du Sud, elle tentera par tous les moyens de reconstruire sa vie et de sauver son domaine.
Le long-métrage est né de l'adaptation du roman éponyme de Margaret Mitchell publié en 1936, un véritable phénomène littéraire mondial. Le producteur David O. Selznick a immédiatement acheté les droits pour une somme record, fasciné par la puissance romanesque et le destin tragique de cette héroïne sudiste. L'inspiration originelle découle d'une volonté de dresser la fresque ultime sur la fin d'un monde et les traumatismes de la guerre de Sécession. Le réalisateur Victor Fleming, appelé en cours de route, s'est inspiré du style pictural des grands maîtres pour offrir un souffle épique visuel sans précédent.
La critique professionnelle de l'époque a salué à l'unanimité la démesure artistique et la beauté plastique de cette œuvre titanesque. Les journalistes ont souligné le brio de l'interprétation de Vivien Leigh et la maîtrise absolue du Technicolor qui transcendait chaque scène de guerre. Malgré quelques réserves modernes sur sa vision idéalisée de l'esclavage, il reste considéré comme un sommet du cinéma classique. Le grand public a accueilli le film avec une ferveur historique jamais vue auparavant, créant des files d'attente interminables devant les cinémas du monde entier. Les spectateurs ont été bouleversés par le destin de Scarlett et les passions contrariées au cœur de la tourmente historique. En ajustant l'inflation, il demeure le plus gros succès commercial de l'histoire du box-office. Lors de la cérémonie des Oscars en 1940, le film a pulvérisé tous les records en remportant pas moins de dix statuettes majeures. Parmi ces récompenses historiques figurait l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle attribué à Hattie McDaniel, première interprète afro-américaine de l'histoire à recevoir ce prix.
Victor Fleming s'est inspiré des techniques du cinéma muet pour accentuer l'expressivité des visages et la grandiloquence des décors dévastés. Il voulait que la nature elle-même semble souffrir et brûler aux côtés des protagonistes. La production a été marquée par des difficultés majeures, notamment le remplacement du réalisateur initial George Cukor et des réécritures incessantes du scénario en plein tournage. La pression exercée par Selznick était si écrasante que l'équipe travaillait souvent jour et nuit jusqu'à l'épuisement. La scène mythique de l'incendie d'Atlanta a été tournée avant même que les rôles principaux ne soient définitivement attribués. Pour réaliser cette séquence d'une dangerosité extrême, le studio a brûlé de vieux décors désaffectés de films précédents sous la surveillance de dizaines de pompiers. Pour le rôle tant convoité de Scarlett O'Hara, un casting national gigantesque a vu défiler des milliers de candidates, dont Bette Davis et Paulette Goddard, avant que l'Anglaise Vivien Leigh ne soit choisie au dernier moment.
Le film explore en profondeur la survie face à l'adversité, l'ambition dévorante et la perte des illusions d'une jeunesse dorée. Il met en scène le déclin d'une civilisation agricole balayée par la guerre industrielle et la modernité. L'attachement viscéral à la terre nourricière est traité comme l'ultime refuge de l'âme humaine face à la solitude spirituelle.
La fin légendaire montre Rhett Butler abandonnant définitivement Scarlett en lui lançant sa célèbre réplique d'indifférence alors qu'elle l'implore de rester. Seule dans sa grande maison vide, Scarlett refuse de s'avouer vaincue et décide de retourner sur sa terre natale de Tara. Le plan final la montre se tenant fièrement sous un arbre, déterminée à reconquérir l'homme qu'elle aime car, après tout, "demain est un autre jour".
Le titre est une métaphore poétique qui désigne la disparition brutale de la culture et des traditions du vieux Sud américain. Cette société aristocratique et insouciante a été balayée par les vents violents de la guerre civile. Le titre évoque la nostalgie d'une époque révolue et la fragilité des destins humains emportés par les tourbillons de l'Histoire.
La bande originale composée par Max Steiner est l'une des plus célèbres de l'histoire du cinéma mondial. Le fameux "Thème de Tara" insuffle une charge émotionnelle grandiose à l'écran, symbolisant à lui seul la force dramatique de l'héroïne et son lien mystique avec sa terre natale.
Le long-métrage continue de faire l'objet de projections régulières dans les cinémathèques pour célébrer le centenaire de l'âge d'or hollywoodien. Il est également au cœur de débats contemporains fascinants concernant la contextualisation historique des œuvres d'art classiques à la télévision.