Gerry Conlon, jeune irlandais de Belfast, est arrêté par la police britannique et accusé à tort d'avoir commis un attentat à la bombe à Guildford en 1974 pour le compte de l'IRA. Condamné à la prison à vie avec son père Giuseppe et plusieurs membres de sa famille, il va passer quinze ans derrière les barreaux en luttant pour prouver son innocence. Soutenu par l'avocate Gareth Peirce, il finira par obtenir la révision de son procès et sa libération. L'histoire vraie et bouleversante des "Quatre de Guildford", symbole de l'une des plus grandes erreurs judiciaires de l'histoire britannique.
Au nom du père est l'adaptation des mémoires de Gerry Conlon, Proved Innocent, publiées en 1990 après sa libération. Jim Sheridan, réalisateur irlandais dont la sensibilité politique et l'engagement pour les causes irlandaises étaient bien connus, a été immédiatement touché par cette histoire de double injustice : l'erreur judiciaire d'abord, et la façon dont elle avait brisé la relation entre Gerry et son père. Le scénario a été co-écrit par Sheridan et Terry George, qui ont choisi de centrer le récit sur la relation père-fils plutôt que sur les seuls enjeux politiques et judiciaires, une décision qui a donné au film sa dimension émotionnelle universelle. Daniel Day-Lewis, déjà oscarisé pour My Left Foot sous la direction de Sheridan, était le choix naturel pour le rôle de Gerry, capable comme nul autre de rendre la transformation d'un jeune homme irresponsable en adulte conscient et combatif. Le casting de Pete Postlethwaite dans le rôle du père Giuseppe a été unanimement salué comme l'une des meilleures décisions du film. Au nom du père arrive à un moment où les tensions en Irlande du Nord sont encore vives, donnant au film une pertinence politique immédiate.
Résumé des critiques professionnelles : Au nom du père a été acclamé par la critique internationale, qui a salué la mise en scène puissante de Sheridan, l'excellence du jeu de Day-Lewis et la force émotionnelle d'une histoire vraie portée à l'écran avec une urgence et une dignité remarquables. Les journalistes ont particulièrement été sensibles à la façon dont le film transformait un récit politique en une histoire universelle sur l'amour paternel et la résilience. Quelques critiques ont relevé certaines libertés prises avec la réalité historique, notamment l'invention de scènes qui n'ont pas eu lieu, mais ces réserves n'ont pas entamé l'enthousiasme général.
Réception du public : Le film a connu un succès considérable, rapportant plus de 65 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget modeste. En Irlande et au Royaume-Uni, il a suscité un débat public important sur le système judiciaire britannique et les conditions de détention. Aux États-Unis, il a touché un large public sensible aux histoires de lutte contre l'injustice.
Récompenses obtenues : Au nom du père a reçu sept nominations aux Oscars, dont celles de Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis, Meilleure actrice dans un second rôle pour Emma Thompson et Meilleur acteur dans un second rôle pour Pete Postlethwaite. Le film a remporté le BAFTA du Meilleur film britannnique ainsi que plusieurs prix dans les festivals internationaux.
Inspirations du réalisateur : Jim Sheridan a rencontré Gerry Conlon à plusieurs reprises avant et pendant la production pour s'assurer que le film restait fidèle à l'expérience vécue. Il voulait que la réalité de la prison — l'ennui, la violence, la déshumanisation — soit rendue avec une vérité brutale qui ne cède pas à la tentation du spectaculaire.
Difficultés de production : Daniel Day-Lewis a préparé son rôle avec une rigueur habituelle, se plongeant dans les conditions de vie carcérales et rencontrant des anciens prisonniers pour comprendre l'impact psychologique de la détention sur le long terme. Il a également travaillé son accent de Belfast jusqu'à la perfection.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Gerry et Giuseppe se retrouvent dans leur cellule partagée — une situation inventée par le scénario mais terriblement juste émotionnellement — est souvent citée comme le moment le plus poignant du film. Day-Lewis et Postlethwaite y jouent une relation père-fils reconstruite au fil du temps avec une subtilité et une tendresse qui ont ému jusqu'aux larmes des générations de spectateurs.
Au nom du père est un film sur l'injustice institutionnelle et la façon dont un système judiciaire peut broyer des innocents au nom de la raison d'État. La relation père-fils — deux hommes que la vie avait éloignés et que la prison force à se retrouver — constitue le cœur émotionnel du film, faisant de cette tragédie judiciaire une histoire d'amour filial. La résistance et la dignité comme seules armes de celui qui n'a plus rien traverse tout le personnage de Giuseppe. La question de l'identité irlandaise et du conflit nord-irlandais est présente en toile de fond sans jamais écraser la dimension humaine du récit. Enfin, la foi dans la justice — malgré tout, malgré les preuves contraires — est ce qui permet à Gerry de tenir jusqu'à la libération.
Giuseppe meurt en prison peu avant la révision du procès, laissant à Gerry le soin de mener seul le combat pour leur réhabilitation. La libération de Gerry, finalement obtenue grâce au travail acharné de l'avocate Gareth Peirce, est filmée avec une sobre intensité qui évite tout triomphalisme : il sort libre mais son père est mort, et quinze années ont été volées. Le dernier discours de Gerry sur les marches du palais de justice — "J'ai été emprisonné pour un crime que je n'ai pas commis. Au nom de mon père et au nom de la vérité" — est l'une des fins les plus émouvantes du cinéma des années 90.
Au nom du père est une expression qui renvoie à la formule chrétienne — "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" — mais aussi et surtout à la dédicace implicite que Gerry fait à son père dans ce combat pour la vérité. C'est au nom de Giuseppe, mort sans avoir vu leur réhabilitation, que Gerry continue de se battre. Le titre est une promesse faite à un père, un serment de ne pas laisser son sacrifice et son honneur bafoués sans réponse.
La bande originale de Au nom du père, composée par Trevor Jones et enrichie de titres emblématiques de la musique rock et irlandaise — notamment In the Name of the Father de Bono et Gavin Friday, écrit spécialement pour le film — a contribué à donner au film son énergie et sa résonance émotionnelle particulières. La chanson de Bono, sombre et lancinante, capture parfaitement l'esprit de résistance et de douleur qui imprègne le récit, et a été nominée à l'Oscar de la Meilleure chanson originale.
Au nom du père reste l'un des films les plus importants du cinéma irlandais et l'un des grands témoignages cinématographiques sur les erreurs judiciaires liées au conflit nord-irlandais. Gerry Conlon, décédé en 2014, a consacré les dernières années de sa vie à défendre d'autres victimes d'injustices. Le film continue d'être étudié dans les écoles de droit et de cinéma comme exemple parfait de la façon dont le septième art peut servir la mémoire des victimes d'injustice.