Dimanche, 12 juillet 2026
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Assassination Nation

Assassination Nation

2018 États-Unis
Synopsis

Dans la ville de Salem, quatre lycéennes voient leur vie basculer lorsqu'un hacker mystérieux commence à divulguer en ligne les données privées de tous les habitants — téléphones, ordinateurs, secrets intimes. La ville sombre dans une hystérie collective et une violence qui prend rapidement pour cibles les jeunes femmes du groupe. Ce thriller féministe radical mêle horreur sociale et satire acide de la culture numérique américaine, dans une mise en scène délibérément provocatrice et visuellement explosive.

Genèse du film

Assassination Nation est né de la volonté de Sam Levinson — fils du réalisateur Barry Levinson — de faire un film qui parlerait directement à la génération des millenials et de la Gen Z sur leurs propres réalités : la culture des réseaux sociaux, la violence faite aux femmes, l'hypocrisie morale d'une société qui expose et punit simultanément. Le scénario, entièrement original, s'inspire du contexte des procès des sorcières de Salem — d'où le choix du nom de la ville — pour parler de la façon dont les femmes sont ciblées lorsqu'une société entre en crise de panique morale. Levinson a délibérément choisi de combiner le slasher, le thriller politique et la satire sociale dans un même film, assumant une hybridité générique provocatrice. Le film a été financé grâce à une collecte de fonds et a été acheté par Neon lors de sa présentation au Festival de Sundance 2018, où il a fait l'effet d'une bombe par son contenu radical et sa mise en scène frontale. Le casting de jeunes actrices peu connues — à l'exception de Suki Waterhouse — correspondait à la volonté de Levinson de centrer le film sur des visages nouveaux plutôt que sur des stars établies.

Critiques et réception

Résumé des critiques professionnelles : Assassination Nation a profondément divisé la critique. Ses défenseurs ont salué l'audace de la mise en scène, la pertinence de la satire sociale et la façon dont le film refuse de moraliser tout en dénonçant clairement les mécanismes de violence patriarcale. Ses détracteurs ont estimé que le film exploitait les violences qu'il prétendait dénoncer et que sa provocation formelle cachait une pensée moins rigoureuse qu'elle n'y paraissait. Rotten Tomatoes lui a attribué un score d'environ 60 %, reflétant cette polarisation.

Réception du public : Le film a eu une carrière en salle difficile, réalisant à peine 2,7 millions de dollars de recettes aux États-Unis pour un budget de 7 millions. Il a trouvé son public plus tard sur les plateformes de streaming, notamment auprès d'un public jeune féminin qui s'est reconnu dans la rage et la résistance de ses héroïnes.

Récompenses obtenues : Assassination Nation a été présenté en compétition au Festival de Sundance 2018, où il a généré un débat intense. Il a reçu des distinctions dans plusieurs festivals de cinéma féministe et de genre.

Anecdotes de tournage

Inspirations du réalisateur : Sam Levinson a cité les procès des sorcières de Salem comme métaphore centrale du film, comparant la panique morale qui s'empare de la ville à la logique hystérique des chasses aux sorcières historiques. Il s'est également inspiré des films d'exploitation des années 70 — notamment Last House on the Left (1972) de Wes Craven — pour la façon d'utiliser la violence de genre comme outil de dénonciation plutôt que de simple divertissement.

Anecdote sur une scène particulière : La longue scène de siège de la maison — filmée en plan-séquence continu — dans laquelle les quatre héroïnes doivent survivre à une attaque de masse est considérée comme la séquence technique la plus ambitieuse du film. Levinson a décidé de la tourner en un seul plan ininterrompu pour créer une tension et une immersion maximales, un défi chorégraphique et logistique considérable pour l'équipe.

Difficultés de production : La nature extrêmement provocatrice du contenu du film a compliqué certaines collaborations avec des techniciens ou des prestataires qui refusaient de participer à certaines scènes. Levinson a dû faire preuve de conviction et de pédagogie constante pour expliquer les intentions artistiques du film et maintenir la cohérence de sa vision.

Thèmes abordés

Assassination Nation est une satire sociale féroce qui utilise la violence de genre comme miroir grossissant de la misogynie ordinaire et de l'hypocrisie morale de la société américaine contemporaine. Le film interroge la culture du shaming et de la honte — dans laquelle les femmes sont punies pour leurs sexualités et leurs libertés tandis que les hommes qui font exactement la même chose sont tolérés — avec une colère qui refuse toute modération. La surveillance numérique et la violation de la vie privée comme nouvelles armes de contrôle social sont explorées avec une pertinence qui n'a fait que gagner en acuité depuis la sortie du film. La solidarité féminine face à la violence collective est le fil d'espoir du film — les quatre héroïnes qui se battent ensemble contre une ville entière — qui dit que la résistance ne peut être qu'collective. La figure de Salem n'est pas un hasard : le film dit explicitement que les chasses aux sorcières n'ont pas disparu, elles ont juste changé de forme.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

La fin d'Assassination Nation est radicale et délibérément inconfortable : les quatre jeunes femmes survivent et affrontent leurs agresseurs dans un retournement de violence qui n'est pas présenté comme triomphant mais comme tragiquement nécessaire. La résolution refuse la catharsis rassurante du film de vengeance classique pour laisser le spectateur avec l'inconfort de ce qu'il vient de voir — une société qui a rendu la violence féminine inévitable en refusant toute autre issue. Cette fin ambiguë est à l'image de tout le film : provocatrice, dérangeante, et résolument honnête sur la réalité qu'elle décrit.

Signification du titre

Assassination Nation — littéralement « nation de l'assassinat » — est un jeu de mots sur l'expression abomination nation (nation de l'abomination) et sur le titre Imagination de Shalamar, deux références dont le film s'amuse. Plus profondément, ce titre dit que la violence ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur — c'est la nation elle-même, la communauté elle-même, qui devient meurtrière envers ses membres les plus vulnérables dès lors que la peur et la honte prennent le dessus. Le titre est aussi délibérément provocateur, annonçant un film qui assume son désir de choquer et de brusquer.

Actualités

Assassination Nation est devenu plus influent après sa sortie que pendant, notamment grâce à la reconnaissance croissante accordée au cinéma de genre féministe. Sam Levinson a depuis créé la série Euphoria pour HBO (2019-2022), qui a connu un succès mondial considérable et a établi définitivement son statut de voix majeure du cinéma et de la télévision américains pour parler à la génération Z. Le film continue d'être découvert et discuté par de nouveaux spectateurs sur les plateformes de streaming.

Films Similaires

Assassination Nation dialogue avec Revenge (2017) de Coralie Fargeat, autre film de rape-revenge féministe radical sorti la même année avec la même ambition de retourner les codes du genre. Jennifer's Body (2009) de Karyn Kusama est un précédent de film d'horreur féministe avec lycéennes qui a connu une réévaluation importante. Get Out (2017) de Jordan Peele partage la même façon d'utiliser les codes de l'horreur pour parler de réalités sociales. Euphoria (série, 2019) de Sam Levinson lui-même prolonge les thèmes du film dans un format télévisuel qui lui a permis un développement bien plus riche.