Dans la haute société de la Russie impériale du dix-neuvième siècle, Anna Karénine mène une vie d'épouse modèle et respectée aux côtés de son mari plus âgé. Son destin bascule lorsqu'elle rencontre le fringant officier le comte Vronsky, dont elle tombe éperdument amoureuse. Choisissant de succomber à cette passion dévorante, Anna brave les conventions morales rigides de son époque et abandonne son foyer. Mais le poids du scandale social et la jalousie maladive vont rapidement transformer cette histoire d'amour en un calvaire destructeur.
Le projet est l'adaptation cinématographique directe du chef-d'œuvre littéraire éponyme de l'écrivain russe Léon Tolstoï publié au dix-neuvième siècle. L'idée originelle du réalisateur Bernard Rose était de proposer la toute première version hollywoodienne entièrement filmée sur les lieux réels du roman en Russie depuis la fin de la guerre froide. L'inspiration est venue de la fascination du cinéaste pour la musique classique russe, notamment les œuvres de Tchaïkovski, qui rythment l'évolution dramatique des personnages. La production a cherché à respecter scrupuleusement la vision de Tolstoï sur l'hypocrisie de l'aristocratie de l'époque. Sophie Marceau a été choisie pour apporter sa sensibilité européenne et sa grâce naturelle à cette figure tragique de la littérature mondiale.
La presse professionnelle internationale a réservé un accueil globalement mitigé à ce drame historique lors de sa sortie en salles. De nombreux critiques ont salué la beauté plastique du film et la justesse du jeu de Sophie Marceau, jugée impériale dans le rôle-titre. Cependant, plusieurs journalistes ont regretté que le film condense de manière trop abrupte la complexité des intrigues secondaires du roman original. La photographie somptueuse des paysages russes a fait l'unanimité au sein de la critique technique. Du côté des spectateurs, les amateurs de grands drames romantiques en costumes ont été conquis par le souffle tragique de cette passion destructrice. Les puristes de la littérature russe se sont montrés plus réservés face aux raccourcis narratifs imposés par le format de deux heures. Le film a réalisé des scores honorables dans les salles européennes mais est resté discret au box-office américain. Il n'a pas obtenu de récompense internationale majeure.
Le réalisateur s'est fortement inspiré de la peinture classique russe pour composer la lumière et le cadrage de ses scènes de bals somptueux. La production a eu le privilège exceptionnel d'installer ses caméras dans de véritables palais historiques de Saint-Pétersbourg et de Moscou, apportant une authenticité inégalée au film. Durant le tournage des scènes hivernales en extérieur, les acteurs ont dû affronter des températures glaciales de près de moins vingt degrés, ce qui a rendu les dialogues difficiles à prononcer. Une anecdote raconte que Sophie Marceau a passé des dizaines d'heures à apprendre les danses de salon d'époque pour exécuter la scène de valse cruciale sans aucune doublure. Concernant le casting initial, d'autres actrices hollywoodiennes de premier plan avaient été envisagées avant que la production ne choisisse délibérément une actrice française pour incarner l'héroïne slave.
Le film explore en profondeur la passion amoureuse destructrice, le poids destructeur du qu'en-dira-t-on et l'hypocrisie des conventions de la haute société. Il met en lumière la condition tragique des femmes de l'époque, condamnées à la mort sociale dès lors qu'elles choisissent d'écouter leur cœur plutôt que le devoir conjugal.
La fin tragique reste fidèle au roman de Tolstoï, montrant une Anna Karénine sombrant dans la paranoïa et le désespoir le plus total, abandonnée par la société. Elle choisit de mettre fin à ses souffrances en se jetant sous un train en marche, une conclusion poignante qui symbolise le broyage de l'individu par la machine sociale impitoyable.
Le titre porte tout simplement le nom de l'héroïne tragique, soulignant que le récit est avant tout le portrait intime d'une femme insoumise face à son destin.
La bande originale bénéficie d'une mention spéciale grâce à l'utilisation magistrale des œuvres de Tchaïkovski, Rachmaninov et Prokofiev, dirigées par le célèbre chef d'orchestre Georg Solti, apportant une puissance lyrique inoubliable au drame.
Le film est régulièrement cité dans les rétrospectives de la carrière internationale de Sophie Marceau et reste apprécié pour son esthétique russe authentique et soignée.
On peut rapprocher cette version d'autres grandes adaptations en costumes comme l'« Anna Karenine » de Joe Wright ou des drames romantiques tragiques à l'image de « Le Docteur Jivago ».