Dans un futur proche, la Terre ravagée par la pollution et les catastrophes environnementales est devenue inhabitable, poussant l'humanité à migrer massivement vers Mars à bord d'immenses vaisseaux commerciaux. À bord de l'Aniara, luxueux paquebot spatial censé effectuer la traversée en seulement trois semaines, la Mimarobe veille sur la Mima, une intelligence artificielle permettant aux passagers de revivre virtuellement la beauté perdue de la Terre. Mais une collision avec des débris spatiaux fait dévier le vaisseau de sa trajectoire, le condamnant à dériver indéfiniment dans l'immensité du vide spatial. Ce qui devait n'être qu'un court voyage se transforme alors en un périple potentiellement éternel, mettant à l'épreuve la psychologie collective de tous les passagers embarqués.
Aniara : L'Odyssée stellaire est l'adaptation du poème épique éponyme de l'écrivain suédois Harry Martinson, lauréat du prix Nobel de littérature, publié en 1956 et composé de cent trois chants relatant le destin tragique d'un vaisseau spatial dérivant sans espoir de retour. Le poème, écrit en réaction directe au traumatisme d'Hiroshima et à la prolifération nucléaire de la guerre froide, avait déjà connu plusieurs adaptations antérieures, notamment un opéra en 1959 et un téléfilm suédois en 1960. Les réalisatrices et scénaristes Pella Kågerman et Hugo Lilja, qui signent ici leur tout premier long métrage après plusieurs courts métrages réalisés ensemble, ont obtenu l'autorisation d'adapter le poème directement auprès des filles de Harry Martinson, Harriet et Eva, qui leur ont demandé expressément de conserver la noirceur du dénouement original de l'œuvre. Kågerman a modernisé certains aspects de l'intrigue, notamment en transformant le personnage central du mimarobe en une femme prénommée simplement MR, ainsi qu'en enrichissant le worldbuilding autour de l'intelligence artificielle Mima, absente sous cette forme précise du poème original.
Aniara a été accueilli très favorablement par la critique internationale, saluée comme une œuvre de science-fiction ambitieuse et profondément littéraire, capable d'explorer les possibilités existentielles du genre avec une intelligence rare. Plusieurs critiques ont particulièrement souligné le caractère glaçant et pessimiste du film, jugé d'une noirceur inhabituelle pour une production de science-fiction grand public, certains observateurs regrettant néanmoins un manque de véritable tension dramatique au profit d'une réflexion davantage contemplative. La performance d'Emelie Jonsson, alors créditée sous ce nom avant de reprendre celui de Garbers, a été unanimement saluée pour sa capacité à incarner l'évolution psychologique complexe de son personnage sur plusieurs décennies de récit. Le public a réservé un accueil enthousiaste au film lors de sa présentation au Festival de Toronto en 2018, avant sa sortie en salles élargie en 2019 sous l'égide de Magnolia Pictures. Les amateurs de science-fiction contemplative et existentielle ont particulièrement apprécié la profondeur philosophique du film, tandis que certains spectateurs plus habitués aux productions de science-fiction spectaculaires ont regretté un rythme jugé trop lent et une absence de résolution dramatique satisfaisante. Aniara a remporté le prix Asteroid du meilleur film international au Festival Science+Fiction de Trieste en 2019, ainsi que quatre récompenses lors de la cérémonie des Guldbagge Awards 2020, dont celles de la meilleure actrice pour Emelie Garbers et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Bianca Cruzeiro.
Pella Kågerman a obtenu l'autorisation d'adapter le poème original de Harry Martinson directement auprès des filles de l'écrivain, Harriet et Eva, qui lui ont expressément demandé de préserver la noirceur du dénouement original de l'œuvre plutôt que d'en proposer une résolution plus optimiste, un choix créatif fidèlement respecté par les réalisatrices. Le poème original, écrit en 1956 en réaction directe au traumatisme d'Hiroshima et à la prolifération nucléaire de la guerre froide, avait déjà connu plusieurs adaptations antérieures, notamment un opéra suédois créé en 1959 et un téléfilm réalisé par Arne Arnbom en 1960, ainsi qu'une adaptation radiophonique diffusée par la BBC en 1962. Pella Kågerman et Hugo Lilja ont assuré eux-mêmes une partie du montage du film aux côtés de Björn Kessler et Michal Leszczyłowski, une implication technique poussée reflétant leur volonté de maîtriser l'ensemble du processus créatif pour ce premier long métrage.
Aniara explore l'effondrement écologique et ses conséquences sur l'exil forcé de l'humanité, la Terre ravagée par la pollution devenant le point de départ tragique d'une migration collective vers une autre planète. Le film interroge également le consumérisme et la fuite dans le divertissement comme mécanismes de déni face à une catastrophe existentielle, les passagers de l'Aniara continuant à consommer et à se distraire malgré l'absence totale d'espoir de retour. La dérive psychologique collective, entre déni, religion improvisée et hédonisme désespéré, occupe une place centrale dans le récit à mesure que les années s'égrènent sans résolution possible. Le film aborde enfin la mémoire et la nostalgie d'un monde perdu, incarnées par la Mima, cette intelligence artificielle permettant aux passagers de revivre virtuellement la beauté disparue de la Terre.
Le film se conclut, des décennies après l'accident initial, sur la mort de tous les passagers survivants de l'Aniara, le vaisseau continuant sa dérive infinie et silencieuse à travers l'espace intersidéral sans jamais atteindre la moindre destination habitable. Cette fin délibérément dénuée de tout espoir ou de toute rédemption, fidèle à la volonté expresse des ayants droit de Harry Martinson de préserver la noirceur du poème original, souligne le message profondément pessimiste de l'œuvre quant à la capacité de l'humanité à échapper aux conséquences de sa propre destruction environnementale. Le dénouement suggère que, contrairement aux récits de science-fiction plus optimistes, aucune technologie ni aucun sursaut collectif ne pourra sauver une humanité ayant définitivement épuisé les ressources de son monde d'origine.
Le titre Aniara reprend directement le nom donné au vaisseau spatial dans le poème original de Harry Martinson, un nom inventé par l'écrivain sans signification étymologique précise dans la langue suédoise. Ce nom, devenu au fil du récit synonyme de dérive infinie et de désespoir existentiel, résume à lui seul la trajectoire tragique du vaisseau et de ses passagers, condamnés à errer indéfiniment loin de toute destination salvatrice.
Pella Kågerman et Hugo Lilja ont poursuivi leur collaboration créative avec un nouveau film de science-fiction intitulé Egghead Republic, présenté au Festival de Toronto en septembre 2025, confirmant leur ancrage durable dans le genre après le succès critique d'Aniara.
High Life de Claire Denis, autre film de science-fiction contemplatif explorant l'isolement psychologique d'un équipage à bord d'un vaisseau spatial sans espoir de retour, partage avec Aniara cette même approche existentielle et pessimiste du genre. Sunshine de Danny Boyle, thriller spatial mettant également en scène un équipage confronté à une mission suicide pour sauver l'humanité, offre une résonance thématique avec l'urgence écologique dépeinte par le film suédois. Melancholia de Lars von Trier, autre œuvre scandinave traitant de la fin du monde à travers un prisme psychologique et existentiel, partage avec Aniara cette même noirceur assumée du cinéma nordique contemporain.