David est un jeune Parisien de vingt-quatre ans qui flotte doucement dans la vie — petits boulots, relations légères, appartements provisoires. Sa sœur Sandrine, mère célibataire, est sa seule ancre vraiment solide. Quand un attentat terroriste la tue au milieu du parc de Vincennes, David se retrouve seul à devoir prendre en charge Amanda, la fille de Sandrine, sept ans. Entre le deuil impossible, l'urgence de la parentalité soudaine et la présence d'une petite fille qui lui ressemble dans sa façon de faire face à la perte, David va devoir trouver en lui ce qu'il ignorait posséder.
Amanda est le troisième long métrage de Mikhaël Hers, après Ce sentiment de l'été (2015) et Memory Lane (2010). Le réalisateur a voulu aborder la question du terrorisme et de ses conséquences sur les vivants d'une façon radicalement différente de la majorité des films sur le sujet — non pas en montrant l'acte lui-même ou sa dimension politique, mais en s'intéressant exclusivement au vide qu'il laisse dans la vie de ceux qui restent. La décision de situer l'attentat hors champ — on ne le voit pas, on n'entend que des coups de feu lointains — était fondamentale pour Hers : ce qui l'intéressait était l'onde de choc intime, pas l'événement spectaculaire. Le scénario a été co-écrit avec Maud Ameline, et le tournage s'est déroulé à Paris, principalement dans le 12e arrondissement et à Vincennes.
Résumé des critiques professionnelles : Amanda a reçu l'un des accueils critiques les plus chaleureux du cinéma français de 2018. La presse a unanimement salué la grâce du film — sa façon de parler du deuil et du terrorisme sans jamais faire de l'un ni de l'autre son sujet principal, mais en les laissant traverser les personnages comme une lumière diffuse. Vincent Lacoste a été cité parmi les meilleures performances masculines de l'année.
Réception du public : Le film a réuni environ 250 000 spectateurs en France — un score honorable pour un film intimiste sans star de premier plan. Le bouche-à-oreille a été excellent, le film touchant profondément un public qui cherchait à voir abordés les attentats parisiens d'une façon sensible et humaine plutôt que spectaculaire.
Récompenses obtenues : Amanda a été sélectionné à la Mostra de Venise 2018 dans la section Orizzonti, où il a été très bien reçu. Il a également reçu plusieurs nominations aux César 2019, dont celui du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Vincent Lacoste.
Inspirations du réalisateur : Mikhaël Hers voulait filmer Paris comme un espace hanté — une ville qui continue de vivre et d'être belle malgré tout. Cette tension entre la beauté ordinaire du quotidien parisien et la violence qui l'a traversée est au cœur de l'esthétique du film, tourné en été avec une lumière dorée et mélancolique.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de Wimbledon — David emmène Amanda regarder un match de tennis sur un écran géant en plein air — est l'une des plus belles du film. Hers a voulu que ce moment de bonheur simple et éphémère soit aussi précieux que fragile, fidèle à l'idée que la vie continue même au milieu du deuil.
Amanda est une réflexion sur le deuil soudain et la façon dont la mort violente d'un proche peut vous transformer en quelqu'un que vous ne connaissiez pas. Le film explore la parentalité non choisie — David n'était pas prêt à être père, et Amanda n'est pas sa fille, et pourtant ils doivent construire ensemble quelque chose qui ressemble à une famille. Le terrorisme comme fond de scène est traité avec une sobriété rare : le film refuse de le mettre en avant tout en assumant pleinement son poids sur les personnages. Enfin, Amanda célèbre la vie qui continue malgré tout — le tennis, la musique, le soleil d'été comme résistances discrètes à la catastrophe.
La fin du film voit David et Amanda trouver un équilibre fragile — pas une famille reconstituée au sens conventionnel, mais quelque chose de sincère qui leur appartient. Le voyage à Londres que David décide d'entreprendre pour retrouver la mère de Sandrine est le geste qui clôt le film : une ouverture vers l'avenir, un choix de vie plutôt que de repli. La douceur mélancolique de la conclusion dit que le deuil n'a pas de fin mais que la vie peut continuer malgré lui.
Amanda est le prénom de la petite fille — et ce choix de mettre l'enfant en titre dit quelque chose d'essentiel sur la perspective du film. C'est Amanda qui donne à David une raison de continuer, Amanda qui reçoit le deuil à sa façon, Amanda qui est l'avenir alors que le film parle surtout de perte. Le titre dit que ce film, en apparence sur le deuil et le terrorisme, est en réalité sur l'enfance comme force de vie.
La bande originale d'Amanda est signée par Anton Sanko, compositeur américain qui travaille régulièrement avec Mikhaël Hers. La musique accompagne le film d'une mélancolie douce et lumineuse — des nappes de cordes et de piano qui épousent exactement le ton du film : ni trop triste, ni trop léger. Quelques morceaux de musique classique soigneusement choisis — notamment pendant les séquences de Wimbledon — contribuent à l'atmosphère particulière du film.
Amanda est l'un des films français les plus importants sur les années post-attentats, remarquable par son refus du sensationnalisme et sa confiance dans les petits gestes de la vie pour parler de l'essentiel. Mikhaël Hers a confirmé avec ce film son statut de réalisateur majeur du cinéma français d'auteur contemporain. Disponible en VOD et sur les plateformes de streaming.
Amanda dialogue avec les films de Mikhaël Hers lui-même — Ce sentiment de l'été (2015) — pour sa façon de filmer le deuil avec légèreté et mélancolie. Pour les films français sur les conséquences des attentats, Dans la brume ou les documentaires sur le Bataclan. Room (2015) de Lenny Abrahamson partage le même motif de la parentalité imposée par la violence. Manchester by the Sea (2016) de Kenneth Lonergan est peut-être la référence internationale la plus proche sur la façon dont un deuil soudain transforme un homme ordinaire.