Alice, une petite fille rêveuse qui s'ennuie pendant une leçon d'histoire, suit un lapin blanc pressé et bavard dans son terrier et chute dans un monde merveilleux et absurde. Elle y rencontre une galerie de personnages extravagants — le chat du Cheshire, le chapelier toqué, la reine de cœur tyrannique — dans un univers où la logique ordinaire n'a plus cours. Ce classique de l'animation Disney transpose à l'écran l'imaginaire foisonnant de Lewis Carroll dans une succession de tableaux colorés et oniriques.
Alice au pays des merveilles est l'adaptation du roman éponyme de Lewis Carroll, publié en 1865, ainsi que de sa suite De l'autre côté du miroir (1871), deux œuvres fondatrices de la littérature nonsensique anglaise dont Walt Disney rêvait d'adapter depuis les années 1930. Disney avait déjà envisagé le projet à plusieurs reprises avant la guerre, notamment avec un film mêlant prises de vues réelles et animation, avant d'opter finalement pour une adaptation entièrement animée après le succès de Cendrillon (1950). L'équipe de scénaristes a dû combiner des éléments des deux romans de Carroll, qui n'avaient jamais été pensés comme une seule histoire continue, pour créer un récit cohérent adapté au format du long métrage d'animation. Disney avait personnellement supervisé le développement du projet, voulant capturer l'esprit absurde et poétique de Carroll tout en le rendant accessible à un jeune public américain peu familier avec l'humour anglais si particulier de l'auteur. Les illustrations originales de John Tenniel pour le roman ont servi de référence visuelle importante pour les artistes du studio, bien que le style final du film s'en soit éloigné pour adopter une esthétique plus colorée et plus ronde, typique du style Disney de l'époque.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a réservé un accueil mitigé au film lors de sa sortie, certains journalistes regrettant que l'adaptation édulcore et simplifie l'esprit subversif et l'humour très anglais des romans de Carroll. D'autres ont salué la richesse visuelle et l'inventivité de l'animation, en particulier pour les séquences psychédéliques avant l'heure du Chat du Cheshire et du Chapelier toqué.
Réception du public : Le film a connu un démarrage commercial décevant aux États-Unis, considéré pendant longtemps comme l'un des échecs relatifs du studio Disney de l'après-guerre. Il a cependant trouvé une seconde vie considérable dans les décennies suivantes, notamment auprès du public contre-culturel des années 1960 et 1970, qui a réinterprété le film à travers le prisme de l'expérience psychédélique, lui donnant une popularité tardive bien supérieure à son accueil initial.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas reçu de récompenses majeures à sa sortie, mais il est aujourd'hui largement reconnu comme l'un des classiques de l'âge d'or de l'animation Disney et figure dans de nombreux classements des meilleurs films d'animation de l'histoire.
Inspirations du réalisateur : Les animateurs de Disney se sont directement inspirés des illustrations de John Tenniel pour les romans originaux, tout en cherchant à les adapter au langage visuel et à la palette de couleurs du studio. Walt Disney voulait que le film capture la logique du rêve et de l'absurde propre à l'univers de Carroll, en utilisant des transitions visuelles fluides qui imitent la façon dont les rêves se transforment les uns dans les autres sans transition logique.
Difficultés de production : La combinaison des éléments des deux romans de Carroll en une seule histoire cohérente a représenté un défi scénaristique majeur, plusieurs versions du script ayant été développées et abandonnées avant que la structure finale ne soit retenue. La production, qui s'est étalée sur plusieurs années dans le contexte de l'après-guerre, a également souffert des contraintes budgétaires qui touchaient l'ensemble du studio Disney à cette époque.
Alice au pays des merveilles explore le passage de l'enfance à l'adolescence à travers le voyage initiatique d'Alice dans un monde qui défie toute logique adulte rationnelle. Le film célèbre l'absurdité et le non-sens comme formes de liberté créative, s'opposant à la rigidité du monde des grandes personnes représenté par les leçons ennuyeuses dont Alice s'échappe au début du récit. La question de l'identité est traitée avec une fantaisie particulière, Alice changeant constamment de taille et devant réapprendre à se définir dans un monde où les règles changent sans cesse. Le pouvoir arbitraire et tyrannique, incarné par la Reine de Cœur et son obsession des décapitations, est une satire à peine voilée de l'autorité absurde.
La fin du film voit Alice échapper au procès absurde et à la colère de la Reine de Cœur en se réveillant brusquement de son rêve, retrouvée par sa sœur qui l'avait laissée somnoler sous un arbre. Cette structure du rêve, fidèle au roman de Carroll, permet de résoudre toutes les incohérences logiques de l'aventure d'un simple geste : tout n'était qu'un songe. Alice rentre chez elle, peut-être un peu changée par son voyage, mais le film ne s'attarde pas sur une morale explicite, préférant laisser le mystère et la poésie de l'aventure intacts.
Le titre Alice au pays des merveilles (titre original : Alice in Wonderland) désigne directement le monde fantastique dans lequel Alice est entraînée après sa chute dans le terrier du lapin blanc. Le "pays des merveilles" (Wonderland) est un espace où l'émerveillement et l'étrangeté se confondent, où chaque rencontre est à la fois fascinante et déroutante. Ce titre simple et évocateur a traversé les générations pour devenir une expression du langage courant, désignant tout univers fantaisiste et illogique.
Alice au pays des merveilles reste l'un des classiques les plus reconnaissables du catalogue Disney et continue d'inspirer des adaptations, dont celle de Tim Burton en 2010. Le film fait partie du patrimoine de l'animation mondiale et est disponible sur Disney+ et d'autres plateformes de streaming.