À Bradford, dans le nord de l'Angleterre, Ali, propriétaire bailleur d'origine pakistanaise, vit encore avec Runa, dont il est en instance de séparation. Ava, elle, habite le quartier populaire de Holme Wood, entourée de ses enfants adultes et petits-enfants. Les deux quinquagénaires se rencontrent un jour à l'école où travaille Ava, et une complicité fondée sur leur amour commun de la musique se noue peu à peu entre eux. Alors que leur histoire se transforme en véritable histoire d'amour, Ali et Ava doivent affronter les préjugés de leur entourage et les blessures de leur passé respectif.
Ali & Ava est le quatrième long métrage de la réalisatrice britannique Clio Barnard, qui en signe également le scénario. Le projet s'inspire de personnes réelles rencontrées par Barnard et sa productrice de longue date Tracy O'Riordan lors du tournage de leurs précédents films à Bradford, ville qui sert de décor récurrent au cinéma de la réalisatrice depuis son documentaire The Arbor. Barnard a construit son récit comme une histoire d'amour entre deux personnes d'âge mûr, un genre rarement traité au cinéma britannique contemporain, en s'appuyant sur le principe du mélodrame appliqué à un cadre social-réaliste. L'idée du film est également née d'une volonté de montrer la bienveillance et la solidarité qui existent au sein des communautés de Bradford, en réaction à l'image parfois misérabiliste associée à ce type de quartiers populaires. Le tournage s'est déroulé sur six semaines dans différents lieux de la ville, entre le quartier de Holme Wood et le centre-ville, avec la participation de nombreux habitants dans la distribution.
Ali & Ava a été accueilli très favorablement par la critique internationale, obtenant une note de 94% sur l'agrégateur Rotten Tomatoes. Les critiques saluent unanimement la tendresse et le naturalisme de cette histoire d'amour, ainsi que les performances d'Adeel Akhtar et de Claire Rushbrook, jugées d'une grande sincérité. Plusieurs observateurs soulignent également la bande-son particulièrement réussie du film, mêlant musique traditionnelle irlandaise, hip-hop et morceaux de groupes punk britanniques, qui accompagne la naissance de la relation entre les deux personnages. Le public a largement plébiscité ce portrait de romance tardive, rare au cinéma, saluant la justesse avec laquelle le film aborde les questions de classe sociale, d'origine ethnique et d'âge sans sombrer dans le pathos. Le film séduit notamment par son ton chaleureux et optimiste, jugé rafraîchissant après une période marquée par la pandémie. Présenté en première mondiale à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2021, Ali & Ava a ensuite été nommé aux BAFTA 2022 dans les catégories Meilleur film britannique et Meilleur acteur pour Adeel Akhtar, sans toutefois remporter de statuette dans ces catégories.
Inspirations du réalisateur : Clio Barnard s'est directement inspirée de personnes réelles croisées à Bradford lors du tournage de ses films précédents, qu'elle a par la suite invitées à collaborer à l'écriture du scénario. La réalisatrice a voulu appliquer les codes du mélodrame à un cadre social-réaliste, une démarche déjà amorcée dans ses précédents films comme The Selfish Giant et Dark River. Difficultés de production : le tournage, achevé en janvier 2020 à Bradford, a précédé de peu le début de la pandémie de Covid-19, ce qui a considérablement retardé la sortie du film, initialement prévue plus tôt et finalement repoussée à 2021 pour sa première cannoise, puis à 2022 pour sa sortie en salles au Royaume-Uni. Anecdote sur une scène particulière : plusieurs habitants du quartier de Holme Wood, où se déroule une partie de l'intrigue, ont été recrutés pour figurer dans le film aux côtés des acteurs professionnels, renforçant l'ancrage local et l'authenticité voulue par la réalisatrice.
Ali & Ava explore la romance tardive entre deux personnes d'âge mûr, un sujet rarement traité avec autant de délicatesse au cinéma. Le film aborde également les questions de classe sociale et d'origine ethnique, Ali étant d'origine pakistanaise dans un quartier majoritairement blanc et populaire de Bradford. La solitude, qu'elle soit liée à une rupture conjugale ou à un veuvage difficile, traverse les deux personnages principaux et nourrit leur rapprochement progressif. Le poids du regard familial et communautaire sur les choix amoureux individuels occupe également une place centrale dans le récit. Enfin, la musique fonctionne comme un véritable langage commun entre les deux protagonistes, leur permettant de communiquer au-delà de leurs différences culturelles et générationnelles.
Sans offrir un happy end totalement lisse, le film se termine sur une note résolument porteuse d'espoir : malgré les obstacles posés par l'entourage d'Ava, notamment son fils Callum au comportement violent et raciste, et par la relation compliquée d'Ali avec son épouse dont il tarde à officialiser la séparation, les deux personnages choisissent de continuer à se battre pour leur histoire. Cette conclusion, loin d'une résolution parfaite de tous les conflits familiaux, insiste sur l'idée que le bonheur mérite d'être défendu activement, plutôt que sur une simple happy end convenue.
Le titre reprend simplement les prénoms des deux personnages principaux, Ali et Ava, réunis par la conjonction « et », symbolisant leur rencontre et leur histoire d'amour naissante malgré leurs origines et leurs parcours de vie très différents.
La bande originale d'Ali & Ava a été particulièrement remarquée par la critique pour son éclectisme, mêlant musique traditionnelle irlandaise (avec notamment le morceau Dirty Old Town), compositions classiques, hip-hop et titres de groupes punk britanniques comme The Buzzcocks et The Specials. Ce choix musical reflète directement le lien qui unit les deux personnages, tous deux passionnés de musique, et accompagne leur histoire d'amour naissante.
Le film peut être rapproché du cinéma social britannique de Ken Loach, notamment pour sa manière de filmer les classes populaires du nord de l'Angleterre avec authenticité et bienveillance. On peut également le comparer à d'autres romances tardives comme Une Belle Fin de Uberto Pasolini, pour leur approche sensible de l'amour entre personnes d'âge mûr.