À Toronto, au début des années 2000, Mei Lee, adolescente studieuse de treize ans, mène une existence rangée sous l'œil vigilant de sa mère très protectrice. Lorsque ses émotions s'emballent, elle se transforme brutalement en un immense panda roux, une malédiction familiale transmise de génération en génération. Tiraillée entre l'envie de vivre pleinement son adolescence auprès de ses amies et le poids des attentes maternelles, Mei doit apprendre à apprivoiser cette créature qui sommeille en elle. Le film suit son cheminement vers l'acceptation de soi et l'émancipation face au carcan familial.
Domee Shi, déjà récompensée d'un Oscar du meilleur court métrage d'animation pour "Bao", a voulu prolonger avec ce premier long métrage sa réflexion sur les relations mère-fille au sein des familles issues de l'immigration chinoise. L'idée du panda roux comme métaphore de la puberté et des émotions incontrôlables lui est venue de sa propre adolescence, marquée par une relation fusionnelle et parfois étouffante avec sa mère. Elle a choisi d'ancrer le récit dans le Toronto de son enfance au début des années 2000, période de la culture boys band et des premiers émois adolescents, pour donner une couleur nostalgique et personnelle au film. Domee Shi s'est également inspirée du folklore chinois autour des esprits animaux protecteurs pour construire la mythologie familiale du récit, mêlant tradition ancestrale et émancipation individuelle.
La critique a unanimement salué l'originalité visuelle et narrative du film, saluant la sincérité avec laquelle Domee Shi aborde la puberté féminine et les tensions intergénérationnelles au sein des familles asiatiques. Beaucoup ont souligné l'audace de Pixar à traiter frontalement de sujets rarement abordés dans l'animation grand public, comme les premières règles ou le désir adolescent.
Le public s'est montré largement enthousiaste, en particulier les jeunes spectateurs qui se sont reconnus dans le personnage de Mei et dans ses amies. Certains parents ont toutefois exprimé des réserves quant à la maturité de certains sujets abordés, ce qui a nourri un débat public assez large sur le film au moment de sa sortie directement en streaming.
Le film a été nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation et a remporté plusieurs récompenses lors de cérémonies spécialisées dans l'animation, confirmant la reconnaissance critique du travail de Domee Shi malgré une sortie inhabituelle, directement sur une plateforme de streaming plutôt qu'en salles.
Domee Shi s'est inspirée de sa propre adolescence à Toronto, de sa passion pour les boys bands de l'époque et de sa relation complexe avec sa mère pour construire l'ensemble de l'univers émotionnel et visuel du film.
La production a représenté un défi artistique particulier dans la gestion de l'esthétique volontairement plus expressive et anguleuse du film, inspirée des mangas et de l'animation japonaise, une rupture stylistique assumée avec le réalisme habituel des productions Pixar.
Une séquence de concert de boys band, particulièrement complexe à animer en raison de la foule immense de personnages présents à l'écran, a nécessité un travail poussé sur les mouvements de foule synchronisés avec la musique originale composée pour le film.
La décision de confier la réalisation à une équipe très majoritairement féminine, une première chez Pixar pour un long métrage de cette envergure, a profondément influencé la sensibilité et l'authenticité du regard porté sur l'adolescence féminine dans le film.
Le film explore la puberté et les bouleversements émotionnels de l'adolescence à travers la métaphore du panda roux, incarnation physique des sentiments que Mei ne parvient plus à contenir. Il aborde également les tensions entre tradition familiale et émancipation individuelle, la jeune fille devant apprendre à exister en dehors des attentes maternelles sans pour autant renier son héritage culturel. La transmission intergénérationnelle des traumatismes non résolus, incarnée par la propre relation conflictuelle de la mère de Mei avec sa grand-mère, constitue un fil rouge essentiel du récit. Le film questionne enfin l'amitié adolescente comme espace de liberté et d'affirmation de soi, loin du regard parental.
Après avoir laissé libre cours à sa transformation en panda géant lors d'un concert de son groupe préféré, Mei choisit finalement de conserver une part de cette créature en elle plutôt que de s'en débarrasser définitivement lors du rituel familial traditionnel. Ce choix symbolise son refus d'effacer ses émotions et sa personnalité propre pour se conformer entièrement aux attentes de sa mère. La confrontation entre Mei et sa mère, elle-même submergée par son propre panda intérieur, permet une réconciliation authentique fondée sur l'acceptation mutuelle de leurs différences plutôt que sur la soumission. Le film se termine sur une image d'harmonie retrouvée entre les générations, chacune apprenant à accepter sa part animale et émotionnelle plutôt qu'à la réprimer.
Le titre original "Turning Red" (littéralement "devenir rouge") joue sur le double sens de l'expression, évoquant à la fois la transformation physique en panda roux du personnage principal et la rougeur associée à l'embarras et aux bouleversements émotionnels propres à l'adolescence.
Le succès du film a confirmé Domee Shi comme l'une des voix montantes de l'animation contemporaine, la réalisatrice poursuivant depuis son travail au sein des studios Pixar sur de nouveaux projets originaux.
Vice-versa (2015), Encanto (2021), Le Voyage de Chihiro (2001), Lilo et Stitch (2002)