Dans l'Égypte antique du IVe siècle, la ville d'Alexandrie est en proie à de violentes révoltes religieuses qui menacent le savoir universel. Au cœur de cette tourmente, la brillante mathématicienne et philosophe Hypatie tente de protéger les connaissances accumulées de la Grande Bibliothèque. Pendant ce temps, son jeune esclave Davus est tiraillé entre son amour secret pour elle et la promesse de liberté qu'offre le christianisme ascendant. Ce récit tragique dépeint le déclin d'une ère de science face à la montée du fanatisme.
L'idée originale de ce projet ambitieux est née de la fascination d'Alejandro Amenábar pour l'astronomie et l'histoire des sciences, thèmes qu'il souhaitait explorer à travers une fresque historique majeure. En effectuant des recherches approfondies sur le passé de la Méditerranée, le réalisateur espagnol est tombé sur le destin tragique et méconnu d'Hypatie d'Alexandrie. Inspiré par les travaux biographiques et les chroniques de l'époque, il a vu dans cette femme de science une figure moderne de résistance face à l'obscurantisme. Le projet s'est ainsi développé comme une réflexion universelle sur la fragilité de la civilisation et de la connaissance face aux dogmatismes.
À sa sortie, le long-métrage a reçu un accueil critique globalement positif, les journalistes saluant l'audace thématique du réalisateur et l'interprétation magistrale de Rachel Weisz. La presse a particulièrement loué la reconstitution minutieuse de l'Alexandrie antique et la manière dont le film évite les clichés habituels du péplum hollywoodien. Sur le plan de la réception du public, l'œuvre a suscité de vifs débats, notamment en Europe, en raison de son portrait sans concession de la montée des fanatismes religieux. Malgré ces controverses, le film a attiré de nombreux spectateurs en salles, devenant l'un des plus grands succès du box-office en Espagne cette année-là. Côté récompenses obtenues, cette œuvre mémorable a brillé lors de la cérémonie des prix Goya, où elle a raflé pas moins de sept statuettes, principalement dans les catégories techniques telles que la photographie, les décors et les costumes.
Pour nourrir l'univers graphique du film, Alejandro Amenábar s'est inspiré des techniques picturales du XIXe siècle et des véritables relevés archéologiques de la cité égyptienne. Les difficultés de production ont été colossales, obligeant l'équipe à bâtir d'immenses décors à ciel ouvert sur l'île de Malte pour reconstituer fidèlement la splendeur de l'ancienne Alexandrie. Une anecdote sur une scène particulière concerne la destruction de la bibliothèque, où des centaines de figurants ont dû chorégraphier leurs mouvements avec une précision chirurgicale pour capturer le chaos en lumière naturelle. Concernant le casting initialement prévu, plusieurs actrices de premier plan avaient été envisagées pour incarner la philosophe avant que le rôle ne soit confié à Rachel Weisz, qui s'est imposée comme une évidence pour le réalisateur.
Le récit explore en profondeur le conflit éternel entre la démarche scientifique et le dogme religieux, illustrant comment la quête de vérité peut être écrasée par l'idéologie. La condition des femmes dans l'Antiquité et leur accès au savoir constituent également un axe central à travers le parcours d'Hypatie. Le film analyse les mécaniques du fanatisme de masse, la perte de la rationalité collective et la destruction de la culture comme arme politique.
La fin tragique montre le sacrifice d'Hypatie, assassinée par la foule fanatisée, marquant symboliquement la mort de la philosophie antique et le début des âges sombres. Le dernier regard de son ancien esclave souligne l'amertume d'une liberté acquise au prix du reniement de la raison et de l'amour. Cette conclusion résonne comme un avertissement historique sur les conséquences de l'intolérance lorsqu'elle prend le dessus sur la science.
Le titre fait directement référence à l'Agora, la place publique centrale des cités grecques antiques qui servait de lieu de rassemblement, de commerce et de débats politiques. Dans le film, cet espace devient le théâtre des affrontements idéologiques, symbolisant le lieu où la démocratie et la libre pensée s'effondrent face à la loi du plus fort.
La bande originale, composée par Dario Marianelli, apporte une dimension mystique et dramatique exceptionnelle grâce à l'utilisation d'instruments anciens combinés à des chœurs profonds, soulignant la tragédie imminente.
Le film continue d'être régulièrement projeté et analysé dans les milieux universitaires et les ciné-clubs comme un outil pédagogique incontournable pour aborder l'histoire des sciences et la liberté d'expression.
On peut rapprocher cette œuvre de drames historiques et de fresques épiques comme Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, pour son enquête au cœur de l'obscurantisme, ou encore Kingdom of Heaven de Ridley Scott pour sa réflexion sur les dérives des guerres de religion.