En 2015, la Grèce est au bord de la faillite après plusieurs années de crise économique et de mesures d'austérité imposées par ses créanciers européens. Porté par la victoire électorale de Syriza, le nouveau Premier ministre Alexis Tsipras nomme Yanis Varoufakis ministre des Finances et le charge de négocier un nouvel accord avec la Troïka. Varoufakis se heurte alors, réunion après réunion de l'Eurogroupe, au refus intransigeant de ses homologues européens, en particulier du ministre allemand Wolfgang Schäuble. Le film retrace, du point de vue de l'intérieur, ce bras de fer politique qui aboutira finalement à la capitulation du gouvernement grec face aux exigences de ses créanciers.
Adults in the Room est adapté du livre témoignage de Yanis Varoufakis, Adults in the Room: My Battle with Europe's Deep Establishment, dans lequel l'ancien ministre grec des Finances relate en détail sa confrontation avec les institutions européennes durant la crise de la dette grecque en 2015. Pour nourrir le scénario, Varoufakis met à la disposition de Costa-Gavras les enregistrements qu'il avait réalisés de la quasi-totalité des réunions de l'Eurogroupe auxquelles il a assisté, ainsi que ses notes personnelles de l'époque. Il s'agit du premier long métrage du réalisateur français d'origine grecque entièrement tourné en Grèce, son pays natal, qu'il retrouve après une carrière consacrée en grande partie à des films politiques réalisés en France. Costa-Gavras choisit délibérément un casting composé en grande majorité d'acteurs inconnus du grand public, la plupart venus du théâtre grec et physiquement proches des personnalités réelles qu'ils incarnent, afin d'ancrer le récit dans une forme de réalisme documentaire. Le film s'inscrit dans la continuité du Capital, sorti sept ans plus tôt, qui dénonçait déjà les dérives du système financier mondial.
Le film reçoit un accueil critique partagé, plusieurs observateurs saluant la fidélité du scénario au livre de Varoufakis et la qualité de la reconstitution des coulisses de l'Eurogroupe, tout en regrettant une mise en scène jugée parfois trop démonstrative. The Hollywood Reporter décrit un film qui peut se révéler passionnant pour les spectateurs intéressés par les mécanismes du pouvoir européen, tout en reconnaissant sa longueur et l'abondance de détails techniques et administratifs. D'autres critiques reprochent au film son évidente partialité en faveur de Varoufakis, dont le point de vue domine l'ensemble du récit, ainsi que des seconds rôles parfois caricaturaux, notamment celui d'Emmanuel Macron. Le public grec réserve un accueil particulièrement clivé au film, largement corrélé aux opinions politiques des spectateurs sur la gestion de la crise de la dette et sur la personnalité controversée de Yanis Varoufakis lui-même. De nombreux spectateurs saluent la performance de l'acteur principal, jugée très fidèle à l'intonation et à l'attitude du véritable Varoufakis, tandis que d'autres regrettent un traitement jugé trop favorable à son égard. Le film est présenté en compétition à la Mostra de Venise 2019, ce qui lui assure une exposition internationale importante malgré son sujet aride pour le grand public. Le film ne remporte pas de récompense majeure lors de sa présentation à Venise, sa sélection en compétition officielle restant sa principale reconnaissance.
Costa-Gavras s'appuie directement sur le livre de Yanis Varoufakis et sur les enregistrements sonores que celui-ci a réalisés lors des réunions de l'Eurogroupe pour construire un scénario aussi proche que possible des événements réels vécus par l'ancien ministre grec. Cette matière brute permet au réalisateur de reconstituer avec un souci de précision inhabituel les échanges tendus entre Varoufakis et ses homologues européens. Costa-Gavras choisit volontairement des acteurs peu connus du grand public, pour la plupart issus du théâtre grec, sélectionnés en partie pour leur ressemblance physique avec les personnalités politiques réelles qu'ils incarnent à l'écran, afin de renforcer l'ancrage du film dans la réalité des événements de 2015.
Adults in the Room dissèque les mécanismes du pouvoir européen et la manière dont les institutions communautaires imposent leurs décisions aux États membres les plus fragiles économiquement. Le film interroge la tension entre légitimité démocratique et realpolitik financière, incarnée par l'affrontement entre le mandat populaire reçu par Tsipras et Varoufakis et l'intransigeance de leurs interlocuteurs européens. Il met également en lumière la solitude du décideur politique confronté à des choix impossibles, contraint de trahir ses convictions pour éviter un effondrement économique plus grave encore. Le titre même du film, tiré d'une remarque attribuée à Christine Lagarde, souligne enfin la condescendance perçue de certains dirigeants européens envers leurs homologues grecs.
Le film se conclut sur la capitulation du gouvernement grec, contraint de signer un nouveau protocole d'accord malgré le résultat du référendum de 2015, au cours duquel 62 % des Grecs avaient pourtant rejeté les plans d'austérité proposés. Cette fin acte l'échec personnel de Varoufakis à faire plier ses homologues européens, tout en soulignant le prix payé par la Grèce pour éviter une sortie brutale de la zone euro. Le film referme ainsi son récit sur un constat amer : celui de l'impuissance d'un pays face à une architecture institutionnelle européenne jugée profondément inégalitaire.
Le titre Adults in the Room reprend une expression attribuée à Christine Lagarde lors d'une des réunions de l'Eurogroupe, évoquant la nécessité de faire entrer « les adultes dans la pièce » pour trouver une issue à la crise grecque. Cette formule, reprise telle quelle dans le générique de fin où la plupart des protagonistes ne sont désignés que par leur prénom, souligne avec ironie la condescendance de certains dirigeants européens envers le gouvernement grec nouvellement élu.
Les spectateurs intéressés par Adults in the Room pourront se tourner vers Le Capital, précédent film de Costa-Gavras sur les dérives de la finance mondiale, ou vers des documentaires consacrés à la crise de la dette grecque pour approfondir le contexte réel du film.