Dans un vieux bistrot parisien au charme éternel, huit messieurs se retrouvent chaque année autour d'un même déjeuner rituel. Ces anciens "rois de Paris", grandes figures du microcosme artistique de la capitale, alternent entre démonstrations de fraternité et règlements de comptes teintés de cruauté. Leur sens de l'humour et de l'autodérision reste intact malgré les années, jusqu'à ce qu'un convive imprévu vienne bousculer le rituel bien rodé. Le déjeuner annuel prend alors une tournure inattendue, entre tendresse et acrimonie.
Quatre ans après Ouvert la nuit, Édouard Baer signe avec Adieu Paris son quatrième long métrage en tant que réalisateur, coécrit avec la scénariste Marcia Romano, alors étrangère au milieu culturel masculin parisien qu'elle allait pourtant contribuer à dépeindre. À l'origine, le cinéaste envisageait de réaliser un semi-documentaire sur des artistes qu'il admire, avant de préférer la forme de la fiction pour raconter ce rituel de déjeuner entre vieux amis. Baer explique que les générations d'acteurs admirent souvent celles qui les ont précédées, autant pour leur travail que pour leur personnalité, une fascination qui a nourri l'écriture de ce film choral réunissant un casting impressionnant d'acteurs et actrices français.
Le film a reçu un accueil critique partagé, certains saluant la virtuosité des dialogues et l'abattage du casting, d'autres jugeant l'exercice plutôt vain malgré la qualité des interprètes réunis. Plusieurs critiques ont comparé le film au cinéma de John Cassavetes ou à la comédie italienne des années 1960, tout en regrettant que l'exécution ne soit pas toujours à la hauteur des intentions affichées. Le public s'est montré tiède, le film figurant parmi les gros échecs du box-office français de l'année 2022, un score en net décalage avec le prestige de son casting. Les spectateurs les plus enthousiastes ont toutefois salué les prestations de Jackie Berroyer et Pierre Arditi, jugées comme les plus marquantes du film. Le film a été présenté en avant-première au Festival Lumière de Lyon en octobre 2021, où Édouard Baer a également donné une masterclass consacrée à son cinéma.
Le film est dédié à Jean-François Stévenin, qui interprète le restaurateur du bistrot et qui est décédé avant la sortie du film, plusieurs mois après le tournage effectué fin 2020. Gérard Depardieu, annoncé initialement dans le rôle de l'un des huit convives réguliers, finit par ne pas se présenter au déjeuner dans la fiction, son personnage préférant rester chez lui, un clin d'œil scénaristique à sa présence plus en retrait dans le film que ne le laissait supposer sa place au générique.
Le film interroge la nostalgie d'un certain Paris artistique et bohème aujourd'hui disparu, l'amitié masculine faite d'affection et de rivalités mêlées, ainsi que le vieillissement et la peur de devenir has-been dans un monde culturel qui évolue plus vite que ses figures historiques.
Le titre "Adieu Paris" évoque la disparition d'un Paris fantasmé, celui des figures et des cafés d'autrefois, tout en suggérant les adieux, teintés de mélancolie, que semblent se dire les huit convives d'un rituel qui touche peut-être à sa fin.
Les spectateurs ayant aimé ce film choral pourront regarder Le Dîner de cons pour son huis clos comique entre convives français, ou Husbands de John Cassavetes, référence assumée d'Édouard Baer pour son portrait d'amitiés masculines vieillissantes.