Un homme et une femme, engagés dans une relation amoureuse tumultueuse, traversent des fragments de dialogues philosophiques, de citations littéraires et de réflexions sur le langage et l'image. Leur histoire, racontée deux fois sous des formes légèrement différentes, s'entremêle à des images de nature, d'un chien errant et de plans expérimentaux en relief. Le film abandonne progressivement toute narration linéaire classique pour privilégier une exploration sensorielle et intellectuelle radicale du cinéma. Jean-Luc Godard y questionne la possibilité même de raconter une histoire à travers les outils traditionnels du langage cinématographique.
Jean-Luc Godard conçoit ce film comme une nouvelle étape de son exploration radicale et continue des limites du langage cinématographique, entamée depuis plusieurs décennies dans son œuvre expérimentale. L'idée originelle du film naît de sa volonté de s'approprier la technologie du relief, alors principalement utilisée par le cinéma commercial hollywoodien, pour en détourner les usages vers une démarche purement artistique et philosophique. Le réalisateur construit son récit à partir de fragments narratifs délibérément éclatés, mêlant citations philosophiques, réflexions sur le langage et images de son propre chien, personnage récurrent du film. Godard choisit des comédiens peu connus du grand public afin de préserver une dimension expérimentale éloignée des codes du cinéma de star. Le tournage s'appuie sur un dispositif technique inhabituel, mêlant caméras numériques légères et prises de vues en trois dimensions destinées à créer des effets visuels inédits, notamment des dédoublements d'image volontaires. Le film s'inscrit dans la continuité de la réflexion godardienne sur la crise du langage et de la représentation à l'ère contemporaine.
Le film reçoit un accueil critique très favorable dans les cercles cinéphiles et festivaliers, salué comme une œuvre radicale et visionnaire qui réinvente les usages de la technologie 3D à des fins purement artistiques. Plusieurs critiques soulignent l'audace formelle de Godard, capable à plus de quatre-vingts ans de continuer à repousser les limites expérimentales du langage cinématographique. D'autres observateurs, plus réservés, jugent le film difficile d'accès et déroutant pour un public non familier avec l'œuvre tardive du réalisateur. Le public, principalement composé de cinéphiles et d'amateurs de cinéma d'auteur exigeant, réserve un accueil enthousiaste au film dans les salles d'art et essai qui le diffusent. Le dispositif en relief, inhabituel pour ce type de cinéma expérimental, suscite une curiosité particulière chez les spectateurs habitués à un usage plus commercial de cette technologie. Le film reste un objet de discussion intense parmi les cinéphiles passionnés par l'œuvre de Godard. Le film remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes, une récompense majeure qui vient saluer l'audace formelle exceptionnelle de cette œuvre tardive du réalisateur, réaffirmant sa place parmi les plus grands innovateurs du cinéma mondial.
Jean-Luc Godard a choisi de filmer une grande partie du film avec des caméras numériques légères, parfois de simples appareils grand public, afin de conserver une liberté totale de tournage loin des contraintes techniques du cinéma traditionnel en relief. Le réalisateur a intégré son propre chien, Roxy, comme personnage récurrent du film, ses déambulations dans la nature ponctuant régulièrement le récit de séquences contemplatives. Le dispositif de prise de vues en trois dimensions a été détourné de façon expérimentale par Godard, notamment à travers des effets de dédoublement d'image volontaires obtenus en désynchronisant partiellement les deux caméras nécessaires à la stéréoscopie.
Le film interroge la crise du langage et de la communication à l'ère contemporaine, à travers une accumulation de citations philosophiques et littéraires fragmentées qui semblent résister à toute synthèse cohérente. Il questionne également la nature du couple et de la relation amoureuse, racontée deux fois sous des formes légèrement différentes, comme pour souligner l'impossibilité de fixer une vérité narrative unique. La place de l'animal et de la nature, incarnée par les séquences consacrées au chien du réalisateur, offre un contrepoint contemplatif à la complexité intellectuelle du reste du film.
Le film ne propose pas de résolution narrative classique, fidèle à sa démarche expérimentale globale, mais se referme sur une accumulation d'images et de réflexions qui semblent suggérir une forme d'épuisement du langage traditionnel face à la complexité du monde contemporain. Les dernières séquences, mêlant à nouveau le chien du réalisateur et des fragments de dialogue entre les deux personnages principaux, semblent proposer une forme de paix contemplative après l'accumulation de tensions intellectuelles et amoureuses du reste du film. Cette absence de conclusion nette s'inscrit pleinement dans la démarche godardienne consistant à questionner plutôt qu'à répondre.
Le titre Adieu au langage exprime directement la démarche du film, qui cherche à dépasser les limites du langage verbal traditionnel pour explorer d'autres formes de communication sensorielle et visuelle, notamment à travers l'usage inédit de la technologie en relief.
Adieu au langage reste aujourd'hui régulièrement cité dans les analyses consacrées à l'œuvre tardive et expérimentale de Jean-Luc Godard, décédé en 2022. Le film continue d'être étudié comme un exemple marquant de réappropriation artistique et non commerciale de la technologie du cinéma en relief.
Les amateurs du film pourront apprécier Le Livre d'image, autre œuvre expérimentale tardive de Jean-Luc Godard, Film socialisme pour retrouver la démarche fragmentaire caractéristique du réalisateur, ou encore Une femme mariée pour découvrir les premières explorations formelles de Godard sur la représentation du couple.