Un siècle après le début d'une mystérieuse épidémie surnommée la Contamination, les survivants de l'humanité se sont réfugiés dans les dernières cités fortifiées, où les autorités font régner une terreur absolue pour maintenir leur emprise sur la population. La jeune Abigail est persuadée que le gouvernement est responsable de nombreuses disparitions, dont celle de son père, un scientifique réputé enlevé alors qu'elle n'était qu'une enfant. Dans sa quête de vérité, elle entre en contact avec la Guilde, un groupe de résistants doté de pouvoirs exceptionnels. Cette rencontre va réveiller en elle un don extraordinaire, capable de bouleverser le destin de l'humanité entière.
Abigail, le pouvoir de l'élue n'est pas tiré d'un roman préexistant mais constitue un scénario original coécrit par le réalisateur Aleksandr Boguslavskiy et Dmitriy Zhigalov. L'idée du film est née de la volonté de proposer au cinéma russe une grande production de fantasy steampunk, genre encore peu représenté dans cette cinématographie, en s'inspirant ouvertement de l'esthétique visuelle de films occidentaux comme La Cité des enfants perdus de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet. Le réalisateur a voulu construire un univers urbain coupé du monde par de hautes murailles, où une épidémie mystérieuse permet aux autorités d'exercer un contrôle total et autoritaire sur la population, une thématique qui prendra une résonance particulière avec la pandémie survenue quelques mois après la sortie du film. L'inspiration vient également d'un imaginaire de dystopie young adult, mêlant quête des origines, éveil de pouvoirs magiques et rébellion contre un pouvoir totalitaire, dans la veine de productions occidentales destinées à un jeune public. Le tournage a nécessité un budget important pour les standards du cinéma russe, afin de donner corps à cet univers steampunk reposant en grande partie sur des décors et des effets visuels soignés.
La critique a globalement salué la réussite visuelle du film, soulignant la qualité des décors, des costumes et des effets spéciaux qui composent cet univers steampunk original. En revanche, plusieurs observateurs ont jugé le scénario plus convenu, regrettant un ancrage parfois trop appuyé dans les codes du roman pour adolescents qui freine certaines idées par ailleurs intéressantes. La présence au casting de l'acteur britannique Eddie Marsan, davantage connu du public occidental, a été relevée comme un argument de promotion notable pour cette production russe peu habituée à une diffusion internationale aussi large. D'autres critiques ont insisté sur le manque de rythme et de cohérence de l'intrigue, tout en reconnaissant le charme de l'héroïne principale et la sincérité de sa quête.
Le public occidental a découvert le film de manière assez confidentielle, sa sortie en France s'étant faite directement en vidéo à la demande plutôt qu'en salles. Les retours de spectateurs ont été partagés, certains saluant l'originalité de l'univers visuel proposé, d'autres se montrant plus critiques envers le doublage jugé peu convaincant dans certaines versions internationales.
Aleksandr Boguslavskiy a revendiqué l'influence du cinéma français des années 1990, notamment l'esthétique singulière de La Cité des enfants perdus, pour construire l'identité visuelle steampunk de sa ville fortifiée et de ses immenses bâtiments inspirés de l'architecture d'Europe de l'Est.
Abigail aborde frontalement la question du contrôle autoritaire exercé par un pouvoir sur une population terrorisée par une menace sanitaire, dans une résonance particulièrement frappante avec les événements survenus peu après la sortie du film. La quête des origines occupe une place centrale, l'héroïne cherchant à percer le mystère de la disparition de son père tout en découvrant sa propre identité. L'éveil à des pouvoirs extraordinaires, thème classique du fantastique young adult, permet également d'aborder le passage à l'âge adulte et la prise de conscience de sa propre force face à l'injustice. La résistance collective face à un régime autoritaire, incarnée par la Guilde, constitue un autre axe important du récit, opposant solidarité populaire et propagande d'État. Enfin, le film interroge la frontière entre vérité officielle et mensonge d'État, l'héroïne devant déconstruire patiemment le récit imposé par les autorités pour atteindre la vérité.
Le film se conclut sur la révélation du véritable pouvoir d'Abigail, qui s'avère directement lié au mystère entourant la disparition de son père et à l'origine cachée de l'épidémie qui ravage la cité depuis des décennies. En rejoignant pleinement la Guilde, l'héroïne accepte son rôle d'élue et choisit de mettre ses dons exceptionnels au service de la résistance contre les autorités, plutôt que de continuer à vivre dans l'ignorance imposée par le régime. Le dénouement laisse volontairement la porte ouverte à une possible suite, en installant Abigail comme une figure de premier plan dans la lutte à venir contre le pouvoir en place. Cette conclusion, typique des récits de fantasy pour adolescents, privilégie l'élan d'espoir et l'idée que la vérité, une fois révélée, peut transformer durablement le destin d'une société entière.
Le titre Abigail correspond simplement au prénom de l'héroïne du film, choisi par les scénaristes pour son caractère à la fois doux et intemporel, en contraste avec la dureté de l'univers totalitaire dans lequel évolue le personnage. Le sous-titre français, le pouvoir de l'élue, ajouté pour la sortie hexagonale, insiste davantage sur la dimension de fantasy et de prédestination du récit, en plaçant d'emblée l'héroïne dans la lignée des figures messianiques caractéristiques du genre young adult. Cette adaptation du titre cherche à faciliter l'identification du film auprès d'un public occidental plus familier avec les codes de la fantasy initiatique que ceux du cinéma russe.
Les amateurs d'univers steampunk et de dystopies young adult pourront se tourner vers Divergente ou Hunger Games, qui partagent avec Abigail la figure d'une jeune héroïne dotée de pouvoirs exceptionnels et confrontée à un pouvoir autoritaire. La Cité des enfants perdus, référence visuelle explicite du film, demeure également un prolongement naturel pour qui souhaite explorer davantage cette esthétique steampunk si particulière. Mortal Engines, autre superproduction de fantasy steampunk, peut également séduire les spectateurs curieux de découvrir d'autres déclinaisons cinématographiques de ce genre encore relativement rare.