Milos, une ancienne star du cinéma pornographique à la retraite, traverse d'importantes difficultés financières pour subvenir aux besoins de sa femme et de son jeune fils. Une opportunité se présente lorsqu'une intermédiaire lui propose de participer à un film artistique d'avant-garde grassement payé par un mystérieux réalisateur nommé Vukmir. Milos accepte le contrat sans en connaître les détails contractuels précis, s'engageant à l'aveugle dans une production mystérieuse. Il est alors drogué à son insu et précipité dans un cauchemar indicible d'une violence extrême et innommable.
Le réalisateur Srdjan Spasojevic a conçu le projet comme une allégorie politique extrême et provocatrice des souffrances subies par le peuple serbe sous le joug de ses dirigeants successifs. Fatigué du cinéma national qu'il jugeait aseptisé et soumis aux subventions occidentales, il a voulu créer une œuvre de rupture absolue qui choque les consciences. Écrit en collaboration avec Aleksandar Radivojevic, le scénario pousse les curseurs de la violence graphique au-delà de toutes les limites connues. L'idée était de symboliser la maltraitance institutionnelle par des sévices sexuels et physiques métaphoriques.
La critique professionnelle internationale s'est montrée quasi unanimement horrifiée et révoltée par le contenu graphique du film, le qualifiant souvent d'abject. Une immense majorité de journalistes a refusé d'y voir la moindre valeur artistique, dénonçant une complaisance pornographique insoutenable. Cependant, une poignée très restreinte de critiques spécialisés dans le cinéma underground a défendu le film comme une satire politique nihiliste d'une audace inouïe. Le long-métrage reste l'un des plus intensément rejetés de l'histoire moderne.
Le grand public n'a jamais eu un accès large au film, qui a été interdit de diffusion dans de très nombreux pays à travers le monde. Les rares spectateurs ayant visionné l'œuvre dans des festivals spécialisés ou via des canaux souterrains ont fait part d'un profond traumatisme. Le film a acquis instantanément une réputation de film maudit, circulant comme un défi d'endurance visuelle parmi les amateurs de cinéma extrême. Les réactions sur Internet oscillent majoritairement entre le dégoût profond et la sidération complète.
Le film n'a reçu aucune récompense traditionnelle et a été banni de la plupart des festivals de cinéma compétitifs majeurs en raison de sa violence extrême. En Espagne, le directeur du Festival de Sitges a même fait l'objet de poursuites judiciaires pour avoir projeté le film sur ses écrans. Les seules distinctions obtenues se limitent à des mentions de notoriété dans l'histoire du cinéma gore et de la censure. Il demeure à ce jour l'une des œuvres les plus censurées et coupées du XXIe siècle.
Le réalisateur s'est inspiré du climat social pesant de la Serbie post-communiste et des traumatismes non résolus de la guerre des Balkans pour bâtir son univers. Visuellement, il a opté pour une esthétique clinique, soignée et très lumineuse pour rompre avec le style habituel des films d'horreur à petit budget. Spasojevic cite également le cinéma d'exploitation des années 1970 comme une influence technique pour la gestion de la provocation brute. Le contraste entre la beauté formelle des images et l'horreur des situations était au cœur de sa démarche.
La production a dû travailler dans le secret le plus total en Serbie pour éviter l'intervention des autorités locales ou des ligues de vertu durant les prises de vue. Les techniciens et les acteurs savaient qu'ils manipulaient un matériau hautement inflammable qui détruirait potentiellement leur réputation nationale. Malgré la nature insoutenable des scènes représentées, l'ambiance sur le plateau était paradoxalement décrite comme très professionnelle et protectrice pour les comédiens. La gestion des effets spéciaux en silicone a nécessité un temps de préparation colossal pour paraître réaliste.
Le tournage de la séquence finale a nécessité des mesures d'accompagnement psychologique informelles pour les acteurs principaux, qui devaient simuler des actes d'une perversion inimaginable. Srdjan Todorovic, figure respectée du cinéma serbe, a longuement hésité avant de tourner ces minutes fatidiques qui allaient marquer sa carrière à tout jamais. Des doublures et des mannequins de cire articulés ont été massivement utilisés pour préserver l'intégrité physique des participants. Le plateau était fermé à toute personne extérieure non indispensable lors de ces prises de vue éprouvantes.
Le film aborde la manipulation destructive des individus par des élites corrompues et puissantes qui s'achètent le droit de détruire des vies humaines. Il traite de la perte totale de contrôle et de la déshumanisation poussée à son paroxysme absolu sous la contrainte économique. La thématique de la pornographie d'exploitation sert de métaphore géopolitique sur le viol métaphorique d'une nation par ses propres dirigeants. Enfin, il explore la destruction programmée de la cellule familiale traditionnelle.
À la fin de son calvaire, Milos reprend conscience et réalise l'horreur absolue des actes qu'il a commis sous l'emprise de drogues, notamment sur sa propre famille. Brisés à jamais et sans aucun espoir de reconstruction possible, Milos, sa femme et leur enfant se suicident ensemble dans leur lit conjugal. Vukmir et son équipe débarquent alors pour filmer la scène de mort réelle, affirmant qu'ils ont là un chef-d'œuvre absolu et le début d'une nouvelle production. Cette conclusion scelle la victoire totale et abjecte du voyeurisme criminel.
Le titre est volontairement généraliste pour englober toute la production cinématographique et l'identité de la nation serbe aux yeux du monde. Le réalisateur a voulu ironiquement apposer cette étiquette infamante pour dénoncer la vision stéréotypée et violente que l'Occident projette selon lui sur son pays. C'est un geste de provocation ultime inscrit dès l'affiche du film.
Le long-métrage fait toujours l'objet d'interdictions strictes de possession et de vente dans plusieurs pays et reste au cœur des débats juridiques mondiaux sur les limites de la liberté d'expression artistique.
Ce monument du cinéma de l'extrême insoutenable est souvent comparé à des œuvres radicales comme Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pasolini, Cannibal Holocaust ou encore la saga August Underground.