Dimanche, 12 juillet 2026
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A Dark, Dark Man

A Dark, Dark Man

2019 Kazakhstan, France
Synopsis

Dans un village reculé des steppes kazakhes, le jeune policier Bekzat maîtrise déjà parfaitement tous les rouages de la corruption locale. Chargé d'étouffer rapidement une nouvelle affaire d'agressions mortelles visant de jeunes garçons, il trouve sans grande difficulté un coupable tout désigné parmi les habitants les plus vulnérables du village, peu importe sa culpabilité réelle. Mais l'arrivée d'Ariana, journaliste envoyée par le ministère pour couvrir l'enquête, vient bouleverser ce système bien huilé. Confronté pour la première fois à un regard extérieur déterminé à découvrir la vérité, Bekzat voit ses certitudes de cow-boy corrompu des steppes commencer à vaciller.

Genèse du film

A Dark, Dark Man est le septième long métrage du réalisateur kazakh Adilkhan Yerzhanov, figure majeure du cinéma d'auteur de son pays, régulièrement présent dans les grands festivals internationaux depuis la sélection de son film Owners au Festival de Cannes en 2014. Le scénario, coécrit avec le Néerlandais Roelof Jan Minneboo, s'attaque frontalement à la corruption endémique gangrenant les institutions policières kazakhes, un sujet que Yerzhanov aborde avec un mélange singulier de gravité sociale et de codes empruntés au film noir et au western. Le réalisateur a expliqué avoir façonné son film en épousant l'esthétique si particulière du polar à la française, genre dont il se dit un grand admirateur depuis ses études à l'Académie nationale des arts du Kazakhstan, sans pour autant chercher à en reproduire fidèlement tous les codes. Coproduit entre le Kazakhstan et la France, le film a été présenté en compétition au Festival international du film de Saint-Sébastien en 2019, une reconnaissance internationale confirmant la place croissante d'Adilkhan Yerzhanov sur la scène du cinéma d'auteur mondial.

Critiques et réception

Les critiques internationales ont salué A Dark, Dark Man comme un polar d'une noirceur maîtrisée, saluant la construction visuelle rigoureuse du film, entre plans larges sur les steppes kazakhes désolées et mise en scène distanciée de la violence, jugée d'autant plus percutante par son absence de sensationnalisme complaisant. Plusieurs observateurs ont comparé le film au cinéma du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan pour sa capacité à installer une tension psychologique dans des espaces vastes et vides. La dénonciation frontale de la corruption endémique du système policier kazakh a été saluée comme un geste politique courageux de la part d'un cinéaste travaillant dans un contexte national où la critique institutionnelle reste délicate à formuler. En France, la presse spécialisée a également salué la singularité de cette proposition de cinéma de genre transposée dans un contexte géographique inhabituel pour ce type de récit. Le public cinéphile international, en particulier celui fréquentant les grands festivals européens, a réservé un accueil enthousiaste au film, contribuant à asseoir la réputation grandissante d'Adilkhan Yerzhanov comme l'une des voix les plus singulières du cinéma d'Asie centrale contemporain. Le film a également trouvé un public au sein de festivals spécialisés dans le cinéma de genre, séduit par son mélange inhabituel entre film noir et critique sociale. A Dark, Dark Man a remporté le prix du meilleur réalisateur aux Asia Pacific Screen Awards 2019, ainsi que plusieurs récompenses lors du Festival Kinoshock en Russie et des Kazakh Independent Critics' Choice Film Awards, où le film a notamment été distingué dans les catégories meilleur film dramatique, meilleur acteur et meilleure actrice.

Anecdotes de tournage

Adilkhan Yerzhanov a expliqué avoir façonné son film en épousant l'esthétique du polar à la française, genre cinématographique dont il se dit profondément admirateur depuis ses années d'études à l'Académie nationale des arts du Kazakhstan, sans pour autant chercher à en reproduire fidèlement tous les codes narratifs habituels. La décision de développer le scénario, initialement susceptible de relever de plusieurs genres différents, vers une esthétique de film noir a été prise après une conversation entre le réalisateur et son coproducteur français Guillaume de Seille, qui a suggéré cette orientation stylistique déterminante pour le film. Le tournage s'est déroulé dans les steppes reculées du Kazakhstan, la production ayant privilégié de longs plans fixes et des cadrages larges pour restituer l'immensité vide et oppressante des paysages, un choix esthétique renforçant le sentiment d'isolement moral des personnages.

Thèmes abordés

A Dark, Dark Man explore la corruption endémique des institutions policières dans les régions rurales du Kazakhstan, dénonçant un système où l'arbitraire et l'injustice priment systématiquement sur la recherche véritable de la vérité. Le film interroge également la manipulation de la justice au service d'intérêts criminels locaux, illustrée par la facilité avec laquelle des innocents peuvent être désignés coupables pour clore rapidement une enquête gênante. La confrontation entre un regard extérieur déterminé à établir la vérité et un système local verrouillé par ses propres compromissions occupe une place centrale dans la tension dramatique du récit. Le film aborde enfin la vulnérabilité des populations les plus fragiles, régulièrement sacrifiées par un système judiciaire qui privilégie la rapidité et l'apparence de résolution plutôt que la justice réelle.

Signification du titre

Le titre A Dark, Dark Man, littéralement « un homme sombre, sombre », emprunte sa formulation répétitive à une comptine enfantine chantée par le personnage d'Ariana alors qu'elle a les yeux bandés dans une scène clé du film, une référence enfantine contrastant fortement avec la noirceur du récit qu'elle vient éclairer. Cette répétition insistante du mot « sombre » souligne également la duplicité du personnage de Bekzat, à la fois figure de l'autorité policière et véritable homme de l'ombre, complice actif d'un système de corruption qu'il perpétue par lâcheté et habitude.

Actualités

A Dark, Dark Man a confirmé la place d'Adilkhan Yerzhanov comme l'une des figures les plus reconnues du cinéma d'auteur kazakh sur la scène internationale, le réalisateur ayant depuis poursuivi une œuvre prolifique régulièrement présentée dans les grands festivals européens, dont Cannes et l'Étrange Festival.

Films Similaires

Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan, autre polar contemplatif situé dans de vastes paysages ruraux et centré sur les dysfonctionnements d'une enquête policière, constitue la référence la plus directe pour situer le style d'Adilkhan Yerzhanov. La Tendre Indifférence du monde, précédent film du même réalisateur présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, permet de mesurer la continuité de son univers esthétique et thématique. Les Chansons que mes frères m'ont apprises, autre film explorant la marginalité sociale et la corruption dans un cadre rural excentré, offre une résonance thématique avec le regard porté par Yerzhanov sur les laissés-pour-compte des institutions officielles.