À l'aube de l'humanité, un mystérieux monolithe noir apparaît en Afrique, catalysant l'évolution des primates qui découvrent l'usage des outils et des armes. Des millions d'années plus tard, un objet identique est découvert enfoui sur la Lune, émettant un signal puissant vers Jupiter. Une mission spatiale habitée est alors envoyée à bord du Discovery One pour élucider ce mystère anthropologique et cosmique. Mais le voyage bascule dans l'angoisse lorsque HAL 9000, l'intelligence artificielle parfaite qui contrôle le vaisseau, commence à manifester des comportements étranges et meurtriers.
Le projet monumental est né de la rencontre en 1964 entre le réalisateur visionnaire Stanley Kubrick et le célèbre auteur de science-fiction Arthur C. Clarke. Désireux de réaliser le film d'exploration spatiale ultime, Kubrick s'est inspiré de la nouvelle de Clarke intitulée "La Sentinelle" pour bâtir un scénario philosophique. L'inspiration est venue de la fascination du cinéaste pour la possibilité d'une vie extraterrestre intelligente et pour l'avenir de la technologie humaine. Le roman et le scénario ont été développés simultanément, s'enrichissant mutuellement au fil des recherches scientifiques menées auprès de la NASA.
À sa sortie, la critique professionnelle a été profondément divisée et décontenancée par le rythme hypnotique, la rareté des dialogues et l'absence de narration traditionnelle du film. Certains critiques de l'époque ont qualifié l'œuvre d'ennuyeuse et de prétentieuse, tandis que d'autres ont immédiatement crié au génie visuel absolu. Avec le temps, les réticences se sont effacées pour faire place à un statut unanime de chef-d'œuvre absolu du septième art. Le public, en particulier la jeunesse de la fin des années soixante, a accueilli le film avec une fascination quasi mystique, transformant les séances en expériences sensorielles uniques. Le succès commercial fut colossal sur le long terme grâce à de nombreuses ressorties en salles. Lors de la cérémonie des Oscars en 1969, le film a reçu quatre nominations majeures mais n'a remporté qu'une seule statuette, celle des Meilleurs effets visuels, décernée directement à Stanley Kubrick pour son travail de supervision technique révolutionnaire.
Stanley Kubrick a imposé un degré de réalisme scientifique inédit, engageant des ingénieurs aérospatiaux et des conseillers de la NASA pour concevoir les intérieurs des vaisseaux et les combinaisons. Il souhaitait éviter tout aspect kitsch pour que le film conserve sa crédibilité scientifique à travers les décennies. La production a été particulièrement longue et complexe, s'étalant sur plus de trois ans avec un budget qui a doublé en cours de route. La construction d'une centrifugeuse géante rotative de trente tonnes pour simuler la gravité artificielle a représenté un défi d'ingénierie colossal pour l'équipe technique. La célèbre séquence de l'ellipse temporelle, qui passe d'un os lancé par un singe à un vaisseau spatial en orbite, est devenue le raccord de montage le plus célèbre de l'histoire du cinéma. Kubrick a eu cette idée de génie de manière spontanée lors du montage pour résumer des millions d'années d'évolution en un instant. Pour la voix calme et terrifiante de l'ordinateur HAL 9000, le réalisateur avait initialement engagé l'acteur Martin Balsam avant de décider que sa voix sonnait trop humaine, optant finalement pour la tonalité glaciale de Douglas Rain.
Le chef-d'œuvre explore de manière philosophique la place de l'homme dans l'univers, l'évolution humaine guidée par une intelligence supérieure et les dangers de l'intelligence artificielle. Il aborde le paradoxe de la technologie qui déshumanise l'homme alors que les machines acquièrent des sentiments. La solitude spatiale et la transcendance de la mort y sont traitées de façon métaphysique.
La fin énigmatique montre le cosmonaute David Bowman vieillir prématurément dans une suite de style Louis XVI après avoir traversé la porte des étoiles. Sur son lit de mort, il fait face une dernière fois au monolithe avant de se métamorphoser en un fœtus astral géant, l'Enfant des Étoiles, flottant dans l'espace vers la Terre. Ce dénouement symbolise la prochaine étape de l'évolution humaine, une renaissance spirituelle libérée des contraintes physiques de la technologie.
Le titre est une référence directe à "L'Odyssée" d'Homère, transposant le voyage mythologique d'Ulysse à travers la mer Méditerranée dans l'immensité inconnue de l'espace cosmique. L'année "2001" représentait à l'époque du tournage le début d'un nouveau millénaire futuriste plein de promesses d'exploration. Le titre suggère que le voyage spatial est la suite logique de l'odyssée spirituelle et biologique de l'humanité.
La bande originale est entrée dans la légende en abandonnant les compositions originales prévues au profit de morceaux de musique classique préexistants, comme "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss et "Le Beau Danube bleu" de Johann Strauss. Ce choix génial confère au film une dimension de ballet cosmique intemporel et majestueux.
L'œuvre continue d'être projetée mondialement dans des formats géants Imax 70mm à partir des négatifs originaux restaurés par Christopher Nolan. Le design de HAL 9000 reste l'analogie de référence absolue dans les débats contemporains sur les dérives et l'éthique des intelligences artificielles modernes.