🎂 10/05/1944
📍 Dalat, Indochine française (aujourd'hui Vietnam)
🌍 Française
Marie-France Pisier naît à Dalat, en Indochine française, où son père exerce comme haut fonctionnaire colonial, une enfance passée en partie en Nouvelle-Calédonie avant l'installation de la famille en métropole. Elle rejoint la France à l'âge de douze ans et poursuit une scolarité classique tout en développant un vif intérêt pour le cinéma et la littérature. Assidue de la Cinémathèque française dès sa jeunesse, elle se forge une culture cinéphile solide qui la fait remarquer par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma sous l'égide de Jacques Rivette. Cette éducation exigeante, mêlant héritage colonial et passion cinéphile précoce, façonne une actrice à la fois intellectuelle et profondément ancrée dans le renouveau du cinéma français des années 1960. Sa sœur Évelyne Pisier et son frère Gilles Pisier partagent également des parcours publics marquants dans leurs domaines respectifs.
À dix-sept ans, elle est mise en contact avec le réalisateur François Truffaut, alors en quête d'une jeune actrice pour incarner Colette dans Antoine et Colette, segment du film à sketches L'Amour à vingt ans. Truffaut, immédiatement conquis par son charme et son intelligence, lui offre ce rôle qui la propulse sur le devant de la scène cinématographique française dès 1962. Son personnage de jeune fille moderne et indépendante, refusant de se laisser enfermer dans le carcan familial traditionnel, marque durablement les esprits de la Nouvelle Vague naissante. Elle réapparaît d'ailleurs dans la saga Doinel à plusieurs reprises, participant même activement au scénario de L'Amour en fuite en 1979. Cette rencontre décisive avec Truffaut, à peine sortie de l'adolescence, ouvre la voie à une carrière durable au sein du cinéma d'auteur français.
Elle enchaîne les collaborations prestigieuses avec Luis Buñuel dans Le Journal d'une femme de chambre en 1964 et Jacques Rivette dans La Religieuse en 1966, consolidant sa réputation d'actrice intellectuelle et audacieuse. Sa rencontre avec le jeune André Téchiné, qui devient son réalisateur fétiche, lui vaut deux Césars consécutifs du meilleur second rôle, en 1976 pour Cousin, cousine de Jean-Charles Tacchella et en 1977 pour Barocco de Téchiné lui-même. Son rôle dans la série télévisée Les Gens de Mogador, en 1972, lui apporte également une reconnaissance populaire dépassant le seul cercle du cinéma d'auteur. Dans les années 1990, elle marque les esprits en incarnant George Sand dans La Note bleue d'Andrzej Żuławski, aux côtés de Sophie Marceau, ainsi que Madame Verdurin dans Le Temps retrouvé de Raoul Ruiz. Cette filmographie, riche et exigeante sur près de cinquante ans, fait d'elle une figure incontournable du cinéma d'auteur français de la seconde moitié du vingtième siècle.
Son assiduité exceptionnelle à la Cinémathèque française durant sa jeunesse a profondément nourri sa culture cinéphile et sa relation privilégiée avec les cinéastes de la Nouvelle Vague et de la post-Nouvelle Vague. Sa rencontre fondatrice avec François Truffaut a également influencé sa conception d'un jeu à la fois léger et grave, oscillant constamment entre ces deux registres avec une voix dissonante caractéristique. Sa collaboration privilégiée avec André Téchiné, qui lui offre ses deux Césars, constitue une influence déterminante dans la construction de son personnage d'actrice inventive et singulière. Cette double influence, entre passion cinéphile et exigence des cinéastes qu'elle a côtoyés, façonne l'ensemble de sa filmographie.
Marie-France Pisier se distingue par une oscillation constante entre légèreté et gravité, portée par une voix dissonante souvent en décalage avec la situation dramatique du récit. Cette singularité stylistique, remarquée dès ses débuts par la critique des Cahiers du cinéma, en fait une actrice inventive et surprenante, jamais totalement prévisible. Elle sait conjuguer élégance naturelle et indépendance de caractère, une image forgée dès son premier rôle de jeune fille moderne chez Truffaut. Cette liberté d'interprétation, cultivée par les cinéastes de la post-Nouvelle Vague, reste la marque la plus reconnaissable de son jeu d'actrice.
Sa collaboration la plus emblématique reste celle avec André Téchiné, son réalisateur fétiche, qui lui a offert ses deux Césars du meilleur second rôle en 1976 et 1977. Elle a également travaillé devant la caméra de son compagnon d'alors, le réalisateur Robert Hossein, au début de sa carrière. Sa collaboration avec François Truffaut, initiée dès 1962, s'est prolongée sur plusieurs films de la saga Doinel jusqu'à sa participation à l'écriture de L'Amour en fuite en 1979. Elle a par ailleurs tourné avec des cinéastes aussi prestigieux que Luis Buñuel, Jacques Rivette, Roger Vadim, Jacques Demy et Raoul Ruiz, une filmographie d'une remarquable exigence artistique.
Marie-France Pisier était une intellectuelle engagée dans les combats de son époque, signataire en 1971 du Manifeste des 343 salopes en faveur du droit à l'avortement, dans lequel elle ne cachait pas avoir elle-même subi une interruption volontaire de grossesse. Elle a également soutenu de nombreuses causes sociales et politiques, notamment les droits des femmes, aux côtés de figures comme Simone de Beauvoir dont elle était proche. Atteinte d'un cancer du sein, elle n'a jamais caché sa maladie publiquement, contribuant à une prise de parole plus libre sur ce sujet à une époque où il restait largement tabou. Son engagement intellectuel et politique, indissociable de sa carrière artistique, a marqué durablement son image publique en France.